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ALCOOL : Il noie littéralement l'hippocampe

Actualité publiée il y a 2 années 3 mois 1 semaine
BMJ

Attention, même une consommation modérée peut endommager le cerveau, alerte cette étude qui révèle des signes de « rétrécissement » cérébral par scans et des baisses de performance cognitive, par tests. Ses conclusions, présentées dans le British Medical Journal précisent en effet les dommages d’une consommation modérée mais soutenue pendant de nombreuses années, sur les zones du cerveau liées à la mémoire et à la fonction cognitive.

Et plus la quantité d'alcool consommée par semaine augmente, plus ce risque de dommages au cerveau est élevé, et en particulier sur la mémoire. Une association qui n'est pas retrouvée chez les buveurs « légers » (moins de 7 unités par semaine) mais au-delà de ce seuil de consommation : ainsi, les personnes qui consomment de l'alcool en quantités modérées (et élevées bien sûr) présentent une diminution plus rapide des scores à certains tests cognitifs.


Les chercheurs de l'Université d'Oxford et de l'University College London ont mené cette étude de cohorte prospective et suivi 550 participants inscrits à l'étude Whitehall II, sur plus de 30 ans, pour examiner le lien entre leur consommation hebdomadaire d'alcool et leur performance cognitive au fil du temps et la structure du cerveau à la fin de l'étude. Les variables sociodémographiques, de santé et de mode de vie, dont la consommation d'alcool ont été évaluées à 6 reprises. La consommation moyenne d'alcool a été calculée comme une consommation moyenne par semaine et en moyenne sur l'ensemble du suivi. Les participants ont été répartis en « abstinents » (<1 unité d'alcool par semaine), consommateurs légers (121 unités par semaine pour les hommes et > 14 unités pour les femmes). Les chercheurs ont examiné la structure du cerveau, dont la densité de la matière grise, l'atrophie de l'hippocampe et la densité de matière blanche par IRM à la fin de l'étude (entre 2012 et 2015). La fonction cognitive a été évaluée par tests à 5 reprises (tests de maîtrise sémantique, maîtrise lexicale, cognition, recherche visuelle et flexibilité mentale, réflexion, apprentissage verbal, mémoire (rappel de mots et capacité de nommage), …). Enfin, les chercheurs ont bien pris en compte les facteurs de confusion possibles, soit l'âge, le sexe, l'éducation, le tabagisme, l'activité sociale, la tension artérielle, le tabagisme, l'histoire cardiovasculaire, la catégorie socioprofessionnelle, l'histoire de dépression/addictions…).

Même une consommation d'alcool modérée hypotrophie l'hippocampe : l'analyse révèle en effet que,

-la consommation médiane d'alcool s'élève (donc au Royaume-Uni) à 11,5 unités par semaine pour les hommes et 6,4 unités pour les femmes ;

-par rapport à l'abstinence, une consommation excessive d'alcool s'avère associée à un risque accru de dégénérescence de l'hippocampe de manière dépendante de la dose : plus la consommation d'alcool est élevée, plus l'atrophie de l'hippocampe est importante ;

-les buveurs légers ne présentent aucune différence de structure cérébrale, vs abstinence.

-Une consommation supérieure à plus de 30 unités par semaine est associée à un risque près de 6 fois plus élevé d'atrophie de l'hippocampe du côté droit vs abstinence. 24 des 31 buveurs excessifs de l'étude présentent ces signes d'atrophie.

-Les buveurs modérés présentent également un risque multiplié par 3 d'atrophie de l'hippocampe vs abstinence. Mais ce résultat n'est vrai que chez les hommes (?).

-sur les 10 tests de fonction cognitive, l'alcool semble impacter un seul test, celui de la fluidité lexicale (il s'agissait de nommer dans un temps donné, le maximum de mots commençant par la même lettre).

-Une consommation plus élevée d'alcool prédit un déclin plus rapide de la fluidité lexicale. Ainsi, les personnes qui ont consommé de 7 à 14 unités d'alcool en moyenne sur les 30 années de suivi, connaissent en fin d'étude une baisse de 14% de la maîtrise lexicale, de 14 à moins de 21 unités, de 17% et plus de 21 unités, de 16%, toujours vs abstinence.

L'étude révèle ainsi que même à des niveaux de consommation modérée, inférieurs aux limites recommandées, l'alcool a bien un impact sur la structure et la fonction cérébrale. Les chercheurs révèlent même ici des marqueurs multiples de ces effets structurels anormaux et de déclin de la fonction cognitive. Les auteurs sont donc tout naturellement en faveur d'une remise en question des lignes directrices actuelles, qui suggèrent -pour certaines et selon les pays- que jusqu'à 24,5 unités par semaine pour les hommes, l'alcool est sans grand danger ! En effet, le risque d'atrophie de l'hippocampe est dument constaté chez des consommateurs modérés…

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