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Anti-inflammatoires AINS: Zoom sur le risque d'insuffisance cardiaque associé

Actualité publiée il y a 3 années 2 semaines 5 jours
BMJ

Certains analgésiques non stéroïdiens comme l’Ibuprofène sont bien liés à un risque accru d'insuffisance cardiaque, avec une augmentation du risque pouvant dépasser 80%, confirme cette très large étude, menée sur les données de plus de 7 millions de participants, par des chercheurs de 7 institutions européennes. Des conclusions publiées dans le British Medical Journal (BMJ) qui permettent de préciser le risque en fonction de l’AINS et des doses prescrites.

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont un groupe de médicaments antidouleur parmi les plus prescrits pour soulager la douleur et réduire l'inflammation. En particulier, en cas de rhumatismes inflammatoires chroniques, de poussées aiguës de rhumatismes, de lombalgies et arthroses. En France, ce sont plus de 50 millions de boites qui sont remboursées chaque année par l'Assurance maladie. L'Académie nationale de Médecine a déjà bien documenté le lien entre les AINS et le risque cardiovasculaire, en particulier coronarien. L'académie a rappelé que la prescription prolongée d'AINS peut aggraver une insuffisance cardiaque ou favoriser son apparition. Bref, la survenue, l'aggravation ou l'apparition sous AINS d'une résistance au traitement d'une hypertension artérielle sont actuellement considérées comme des effets bien connus et documentés. En particulier chez le sujet âgé. Cette nouvelle étude précise le risque d'insuffisance cardiaque associé aux différents AINS et en fonction de la posologie.


Les chercheurs ont inclus, via 5 bases de données de 4 pays européens, 7,6 millions de patients ayant reçu une prescription d'AINS entre 2000 et 2010, puis identifié ceux admis à l'hôpital pour insuffisance cardiaque et ont apparié ces participants hospitalisés avec un maximum de 100 « témoins » du même âge et du même sexe. 92.163 participants ont été hospitalisés avec une insuffisance cardiaque chez ces 7,6 millions de participants à prescription d'AINS. L'analyse constate que,

· Les participants hospitalisés avec insuffisance cardiaque avaient tendance à être plus âgés, en moyenne de de 77 ans, à présenter une pression artérielle élevée, un taux de cholestérol élevé, des antécédents cardiovasculaires ou métaboliques.

· Par rapport à d'autres témoins du même âge et du même sexe, les participants hospitalisés pour insuffisance cardiaque ont plus de probabilité d'avoir reçu et suivi une prescription d'AINS : 17,4% des patients atteints d'insuffisance cardiaque et 14,4% des témoins appariés avaient reçu une telle prescription. Cela suggère qu'avoir pris des AINS accroît le risque d'admission à l'hôpital pour insuffisance cardiaque.

· En moyenne, la prise d'analgésiques AINS augmente ainsi le risque d'insuffisance cardiaque de 19% (OR : 1,19).

· Cette augmentation du risque varie en fonction de l'AINS : les chercheurs montrent ainsi que si le kétorolac, un AINS plus rarement prescrit double presque le risque de troubles cardiaques, l'ibuprofène l'AINS le plus fréquemment prescrit augmente tout de même le risque de 18%. D'autres AINS, comme le kétoprofène et le célécoxib, ne semblent pas augmenter le risque lorsque pris à des doses habituelles. Précisément, 9 AINS sont associés à un risque élevé d'insuffisance cardiaque : kétorolac, étoricoxib, indométacine, rofécoxib, piroxicam, diclofénac, nimeluside, ibuprofène et le naproxène.

· Le degré de risque relatif accru varie fortement, de 83% avec le kétorolac à 16% avec le naproxène.

· Le risque cardiovasculaire augmente avec une prise quotidienne d'AINS et aux doses élevées. Le risque apparaît donc « dose-dépendant ».

· Cependant, quel que soit l'AIN, le risque cardiovasculaire reste très faible en valeur absolue.

Les chercheurs confirment donc un risque généralement accru d'insuffisance cardiaque avec la prise d'AINS, mais variable, selon l'AINS et la dose consommée. Des données très utiles en particulier pour les personnes âgées et leur médecin traitant, notamment en cas de prescription à long terme. Il reste donc judicieux de bien « peser » la dose et la période de traitement nécessaire.

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