ANTIBIORÉSISTANCE : Des approches naturelles et durables contre le biofilm
Des composés naturels issus, par exemple du curcuma -la curcumine- ou de la rhubarbe – l’émodine- pourraient bien nous aider à combattre, de manière durable, les bactéries résistantes aux antibiotiques présentes dans les eaux usées, ou plus largement cette menace croissante de l’antibiorésistance. C’est l’objectif de plusieurs équipes de scientifiques qui travaillent, entre autres sources, à partir des eaux usées, pour identifier les bactéries les plus résistantes et les soumettre ensuite à ces composés naturels, abondants et peu coûteux, pour les éliminer.
Lorsque nous prenons des antibiotiques, une partie de la dose est excrétée dans l'urine et les selles et se retrouve dans nos eaux usées. La présence de cette faible dose d'antibiotique favorise l'évolution des bactéries résistantes et, plus globalement de l’émergence de l’antibiorésistance dans les eaux usées. Ces scientifiques identifient ces souches bactériennes multirésistantes susceptibles de transmettre des gènes de résistance à des bactéries beaucoup plus dangereuses comme E. coli…
Pourquoi veiller à la « santé » des eaux usées ?
« Sans traitement efficace, les eaux usées constituent un terrain fertile pour ces superbactéries susceptibles de contaminer les rivières, les lacs et les réservoirs, avec des risques pour la santé publique ». Ainsi, prévenir la propagation de ces résistances, passe en priorité par leur élimination dans les eaux usées.
Ces équipes de biologistes isolent et caractérisent les bactéries multirésistantes, explorent les mécanismes moléculaires de résistance par séquençage du génome entier et évaluent le potentiel de composés naturels, déjà référencés pour leurs qualités bactéricides, comme stratégies de contrôle ou d'atténuation.
- A ce jour, différentes souches ultrarésistantes ou « superbactéries » ont été référencées dont des espèces spécifiques de Microbacterium, Chryseobacterium, Lactococcus lactis et Psychrobacter ;
- ces souches bactériennes sont testées contre plusieurs classes d'antibiotiques afin de déterminer leur spectre de résistance ;
- ces souches bactériennes peuvent servir de réservoirs environnementaux, transférant des gènes de résistance à d'autres bactéries, y compris à des agents pathogènes déjà caractérisés cliniquement ;
- leurs génomes sont également séquencés, ce qui permet également d'identifier leurs gènes de résistance ;
- enfin, ces bactéries sont exposées à différentes concentrations de composés naturels : berbérine, chlorflavonine, chrysine, curcumine, émodine, hespéridine, naringine, quercétine, resvératrol, rutine et 2'-hydroxyflavone :
- certains des composés sont confirmés comme parmi les plus efficaces contre leur résistance,
-
notamment, la curcumine, issue du curcuma, et l'émodine, issue de la rhubarbe ;
Ces composés ont été choisis en raison de leurs propriétés antimicrobiennes ou anti-biofilm signalées lors de précédentes recherches et en raison de
leur abondance naturelle qui en fait des candidats prometteurs pour de nouvelles approches respectueuses de l'environnement
contre la résistance.
La piste de l'émodine et la curcumine : ces 2 composés naturels, abondants et peu coûteux ont largement démontré leur capacité à inhiber la croissance cellulaire et la formation de biofilm, ultime forme de résistance des superbactéries.
Bien que des composés naturels comme la curcumine et l'émodine soient prometteurs pour inhiber les bactéries à Gram positif multirésistantes, les recherches se poursuivent, en particulier pour évaluer leurs impacts à long terme sur l’ensemble des communautés microbiennes et la dynamique de résistance.
L'ère d’une décontamination plus durable des eaux usées est en marche.
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