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BISPHÉNOL A : Une exposition chez l’Homme sous-estimée jusqu’à 40 fois !

Actualité publiée il y a 1 année 11 mois 3 semaines
The Lancet Diabetes and Endocrinology
Les bases sur lesquelles s'appuient les organismes de réglementation sont erronées : selon l’étude, ces agences pourraient sous-estimer les niveaux d'exposition jusqu'à 44 fois.

Cette nouvelle étude de l’Université d'État de Washington révèle à quel point les niveaux de bisphénol A (BPA) chez l'Homme sont sous-estimés. A l’aide d’une méthode de mesure plus précise, cette équipe conclut à une exposition au perturbateur endocrinien bien plus élevée qu'on ne le pensait. Ces données publiées dans le Lancet Diabetes & Endocrinology démontrent, pour la première fois que les bases sur lesquelles s'appuient les organismes de réglementation (dont l’Agence américaine FDA) sont erronées. Selon l’étude, ces agences pourraient sous-estimer les niveaux d'exposition jusqu'à 44 fois.

 

Le BPA peut être trouvé dans une large gamme de plastiques, y compris dans les conditionnements alimentaires. De nombreuses études expérimentales et épidémiologiques ont apporté les preuves irréfutables d'un lien de causalité entre une exposition croissante aux perturbateurs endocriniens (contaminants de l'environnement susceptibles de perturber le développement et le fonctionnement du système endocrinien) et l’augmentation des maladies non transmissibles, dont le syndrome métabolique. L’exposition in utero au BPA a été liée à des problèmes de croissance, de métabolisme, de comportement, de fertilité et à un risque accru de cancer. En dépit de ces preuves, certaines agences sanitaires ont en mesurant le BPA dans l'urine humaine, déterminé que l'exposition humaine est à des niveaux très bas, et donc encore sûrs. Cet article remet totalement en question cette hypothèse et soulève des questions sur les niveaux d’exposition à d’autres produits chimiques, y compris les produits de substitution du BPA.

Rappelons que le BPA reste sujet à débat entre la France (Anses) et l'Europe (EFSA), cette dernière ayant également conclu, à l'issue de sa dernière réévaluation, en janvier 2015, que « l'exposition au bisphénol A ne présente pas de risque pour la santé des consommateurs », et cela sur la base d'une nouvelle dose journalière tolérable (DJT) provisoire, soit 4 µg/kg de poids corporel et /jour, et aux niveaux actuels d'exposition. Cet avis valait pour les groupes plus vulnérables dont les enfants à naître ou les nourrissons. Le BPA est interdit en France depuis 2013 dans les biberons, et depuis le 1er janvier 2015 dans les contenants alimentaires et les tickets de caisse.

Et si tous les niveaux d’exposition étaient faux ?

Cette nouvelle étude soulève donc à nouveau sérieuses inquiétudes : « Avons-nous fait suffisamment attention aux dangers de ce composé chimique. Les conclusions des agences sanitaires et les seuils de règlementation du BPA sont basés sur des mesures inexactes », commente l’auteur principal, le Dr Patricia Hunt, professeur à l'Université de Washington. Son équipe a développé un moyen direct de mesurer le BPA qui tient plus précisément compte des métabolites du BPA, les composés qui sont créés lorsque le produit chimique « envahit » le corps humain. Jusque-là, la plupart des études se sont appuyées sur un processus de mesure indirect des métabolites du BPA, convertis pour les besoins de la mesure, via une solution enzymatique, en « BPA entier ». La nouvelle méthode mesure directement les métabolites du BPA.

 

Les précédentes estimations d’exposition s’avèrent considérablement erronées : L’analyse de 39 échantillons d’urine humaine avec cette nouvelle méthode directe conclut à des niveaux beaucoup plus élevés de BPA :

  • jusqu'à 44 fois la moyenne rapportée par la grande étude américaine NHANES (National Health and Nutrition Examination Survey) ;
  • de plus, la disparité entre les deux méthodes augmente avec une exposition plus élevée au BPA: plus l'exposition est importante, plus la marge d’erreur de la méthode précédente est élevée.

 

 

Non seulement les chercheurs alertent sur les niveaux réels d’exposition mais ils souhaitent sensibiliser à la méthodologie de mesure des perturbateurs endocriniens. Ils appellent ainsi à une nouvelle expertise indépendante. Y compris sur l’exposition à d’autres produits chimiques (phénols dont parabènes, benzophénone, triclosan, phtalates …).

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