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CANCER DE L'OVAIRE : Le médicament hypolipémiant qui expose les cellules tumorales

Actualité publiée il y a 1 jour 1 heure 40 min
Nature Communications
L’ascite, le fluide abdominal présent chez 90 % des femmes atteintes d'un cancer ovarien avancé, protège les cellules tumorales (Visuel Adobe Stock 614753324)

Cette étude d’oncologues et de biologistes de la Duke University (Caroline du Nord) apporte 2 révélations concernant le cancer de l’ovaire : l’ascite, le fluide abdominal présent chez 90 % des femmes atteintes d'un cancer ovarien avancé, protège les cellules tumorales. Mais un médicament du cholestérol pourrait supprimer ce bouclier. Ces travaux, publiés dans la revue Nature Communications, ouvrent une stratégie thérapeutique originale : cibler le micro-environnement tumoral plutôt que la cellule elle-même, pour lever ce mécanisme de résistance insoupçonné, et ressensibiliser les tumeurs aux traitements existants.

 

Dans le cancer de l’ovaire, l’ascite, une accumulation de fluide abdominal protège activement les cellules cancéreuses, précisément contre la ferroptose et en modifiant leur métabolisme lipidique et leur régulation du fer. Ce mécanisme peut être inhibé par le bézafibrate, un médicament hypolipidémiant ancien.

 

La ferroptose est une forme de mort cellulaire programmée déclenchée par l'accumulation de fer intracellulaire et la peroxydation des lipides membranaires : c’est une sorte de rouillage cellulaire. De nombreuses cellules cancéreuses métastatiques flottant librement dans la cavité abdominale y sont naturellement vulnérables. Or, les patientes atteintes d'un cancer ovarien avancé présentent fréquemment une ascite et si, jusqu'ici, ce fluide était principalement considéré comme un symptôme inconfortable, drainé pour soulager la douleur et améliorer la respiration, il joue en réalité un rôle biologique actif dans la progression tumorale.

 

L’un des auteurs principaux, le Dr Jen-Tsan Chi, PhD, professeur au Duke Cancer Institute, ajoute :« Les médecins ont surtout considéré l'ascite comme un symptôme plutôt que comme un moteur actif de la maladie. Nous montrons qu'elle confère aux cellules cancéreuses un avantage de survie, ce qui apporte une nouvelle compréhension de la propagation du cancer ovarien ».

Restaurer la sensibilité des cellules tumorales à la ferroptose

L’étude démontre ainsi que l'ascite constitue un véritable bouclier biologique pour les cellules cancéreuses et que son effet protecteur est spécifiquement dirigé contre la ferroptose, sans affecter les autres formes de mort cellulaire. L’exposition de lignées cellulaires cancéreuses et de cellules tumorales dérivées de patientes à de l'ascite réelle collectée chez des patientes et leur analyse, révèle que :

  • l’ascite protège en effet les cellules cancéreuses contre la ferroptose de façon sélective ;

  • cette protection s'exerce dès une concentration de 2 % d'ascite dans le milieu cellulaire ;
  • le mécanisme implique une modification du stockage lipidique intracellulaire et de la régulation du fer, bloquant la cascade oxydative caractéristique de la ferroptose ;
  • la fraction lipidique de l'ascite est le composant responsable de la protection ;
  • l’hypolipidémiant le bézafibrate utilisé pour réduire les triglycérides restaure la sensibilité des cellules tumorales à la ferroptose.

 

Pris ensemble, ces résultats suggèrent que le bézafibrate n'agit pas directement sur la cellule tumorale, mais sur son environnement lipidique en neutralisant le bouclier que l'ascite lui confère, et en la rendant ainsi plus vulnérable aux traitements existants ciblant la ferroptose.

 

Quelles implications ? Ces travaux montrent toute l’importance de l’environnement tumoral, à travers ces fluides biologiques qui ne donnent pas seulement aux cellules cancéreuses un espace pour se déplacer mais contribuent également à la propagation du cancer.

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