CANNABIS : Moins d'extrasystoles après inhalation, un résultat à prendre avec prudence
Il reste à mener beaucoup de recherches avant de bien cerner les effets cardiovasculaires de la consommation de cannabis et ces résultats, surprenants, ne doivent en aucun cas orienter une décision médicale ou modifier un comportement de consommation. Cet essai randomisé, mené par une équipe de de l'université de Californie à San Francisco, révèle cependant que les consommateurs réguliers de cannabis présentent environ 9 % d'extrasystoles en moins les jours où ils inhalent, comparés aux jours d'abstinence. Des conclusions publiées dans le Journal of the American College of Cardiology (JACC) qui pourraient suggérer un avantage contre la fibrillation auriculaire. A vérifier.
Les extrasystoles auriculaires constituent le prédicteur isolé le plus puissant de la fibrillation atriale ou fibrillation auriculaire (FA), tandis que les extrasystoles ventriculaires annoncent plutôt une insuffisance cardiaque. Bien que fréquentes, ces contractions prématurées restent mal comprises et on ignore ce qui, précisément, détermine leur fréquence.
Les effets cardiovasculaires du cannabis ont surtout été explorés par des études observationnelles reposant sur des déclarations de consommation ou des dossiers médicaux. Cet essai randomisé est mené auprès de consommateurs et dans la vraie vie.
L’un des auteurs principaux, le Dr Gregory Marcus, professeur expert de la fibrillation atriale à la division de cardiologie de l'UCSF, souligne : « Nous sommes surpris par les résultats, car ils contredisent en fait notre hypothèse initiale. Cependant, quand les données contrarient nos attentes, notre travail de scientifique est de les comprendre, pas de les ignorer ».
Chaque battement de cœur des participants a été enregistré 14 jours durant
L'étude est menée auprès de 108 adultes fumeurs ou vapoteurs réguliers de cannabis, sans antécédent de trouble du rythme diagnostiqué. Chaque jour, pendant 14 jours, les participants étaient invités soit à inhaler du cannabis, soit à s'abstenir, tout en portant une holter électrocardiographique à enregistrement continu, un capteur d'activité, un moniteur de sommeil et un capteur de glycémie en continu. L'analyse de ces données révèle que :
- l'inhalation de cannabis s'accompagne d'une réduction statistiquement significative des extrasystoles, de l'ordre de 9 % ;
- cette baisse tient aux extrasystoles auriculaires, celles qui naissent dans les cavités supérieures du cœur ;
- aucune variation significative n'apparaît sur les extrasystoles ventriculaires ;
- le nombre de pas quotidiens, la durée de sommeil et la glycémie ne diffèrent pas non plus entre les 2 groupes.
Quelles implications ? Les chercheurs précisent que l’étude a examiné les effets aigus du cannabis chez des consommateurs réguliers et ne suggère donc pas des conséquences sanitaires à long terme, « en population générale ».
Cependant, cette observation pourrait apporter une nouvelle compréhension des mécanismes biologiques qui produisent les extrasystoles auriculaires. Cette connaissance pourrait à terme ouvrir de nouvelles pistes de prévention ou de traitement des troubles du rythme.
Donc pas de conclusion « clinique » mais un appel à poursuivre les recherches sur les effets cardiovasculaires du cannabis.
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