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COVID-19 : Pourquoi ces formes au long cours ?

Actualité publiée il y a 1 mois 4 semaines 1 heure
The Journal of Clinical Investigation
Les cellules immunitaires épuisées augmentent la sensibilité à l'infection secondaire ou entravent le développement d'une immunité protectrice (Visuel Adobe Stock 360940307)

On commence à mieux comprendre COVID-19 et ses effets très variables selon les sujets. De premières études ont contribué à expliquer la différence d’impact de la maladie, selon les comorbidités et selon le sexe, cette nouvelle recherche d’une équipe de Université d'Alabama à Birmingham décrypte comment elle peut déréguler le système immunitaire à long terme. La recherche  apporte ainsi une première explication à ces formes au long cours observées chez un nombre non négligeable de patients. Ces nouvelles données observationnelles, publiées dans le Journal of Clinical Investigation, qui caractérisent précisément ces changements durables du système immunitaire, vont permettre d’améliorer le traitement pour ces patients ainsi que la conception des vaccins.

 

La maladie COVID-19, qui a tué près d’1,8 million de personnes dans le monde, ne suit pas une évolution uniforme chez patients touchés. On sait que près d’un patient sur 2 reste asymptomatique ou présente des symptômes bénins. D'autres, en particulier ceux qui présentent des comorbidités, peuvent développer une forme plus sévère avec dans certains cas une défaillance systémique. Enfin, certains patients qui semblent récupérer à court terme vont connaître ensuite une réapparition de certains de leurs symptômes. La recherche clinique observationnelle est donc une priorité pour mieux comprendre comment ce virus encore largement inconnu agit et permettre la mise au point de traitements mieux personnalisés- et de vaccins optimisés.

Les cellules immunitaires épuisées augmentent la sensibilité à l'infection secondaire ou entravent le développement d'une immunité protectrice

L’équipe de l'Université de l'Alabama à Birmingham analyse ici des échantillons de sang et les données cliniques de 46 patients hospitalisés et de 39 personnes non hospitalisées, rétablis d'une infection confirmée COVID-19. Les deux groupes ont été comparés à des témoins en bonne santé, COVID-19-négatifs. La plupart des participants du groupe hospitalisé présentaient encore une charge virale active SAR-CoV-2 lors du prélèvement sanguin. Les participants non hospitalisés étaient en cours de convalescence au moment du prélèvement.

À partir des échantillons de sang, les chercheurs ont pu former des sous-ensembles spécifiques de cellules immunitaires et analyser des marqueurs de surface cellulaire. À partir de ces informations complexes, les immunologistes peuvent analyser comment le système immunitaire de chaque individu réagit pendant l'infection et pendant la convalescence. Certains de ces résultats peuvent révéler si les cellules immunitaires sont activées et épuisées par l'infection. Les cellules immunitaires épuisées peuvent augmenter la sensibilité à une infection secondaire ou entraver le développement d'une immunité protectrice contre le COVID-19.

De plus, les chercheurs ont pu analyser les changements au fil du temps :

  • en observant les changements des marqueurs de surface au fil du temps,
  • en comparant directement les fréquences de ces marqueurs entre la première et la deuxième visite à la clinique pour les patients non hospitalisés qui ont subi 2 prélèvements sanguins à 2 points de leur convalescence.

 

Une découverte surprenante :

  • chez les patients non hospitalisés, plusieurs marqueurs d'activation et d'épuisement se trouvent exprimés à des fréquences plus élevées dans les deux échantillons (Certains marqueurs d'activation sont également régulés à la hausse chez les patients hospitalisés à charge virale élevée) ;
  • toujours chez ces patients non hospitalisés, censés être entés en convalescence, les chercheurs observent au fil du temps, les signes d’une dérégulation immunitaire ;
  • cette dérégulation des marqueurs d'activation et d'épuisement des lymphocytes T dans la cohorte non hospitalisée ne se résorbe pas ou peu au fil du temps ;
  • cette dérégulation immunitaire observée chez les convalescents non hospitalisés s’avère plus prononcée chez les personnes âgées.

 

 «Il s'agit de la première description d'une dérégulation immunitaire durable associée au COVID-19 chez un grand groupe de patients convalescents non hospitalisés ».

 

Une caractérisation précise de l’épuisement immunitaire : la recherche va en effet plus loin et décrit précisément le phénotype d'activation et d'épuisement des cellules T CD4 +, des cellules T CD8 + et les cellules B. Ainsi, les cellules B et T des deux cohortes de patients avaient des phénotypes compatibles avec l'activation et l'épuisement cellulaire pendant les deux premiers mois de l'infection. Et chez les individus non hospitalisés, les marqueurs d'activation et l'épuisement cellulaire semblent même augmenter avec le temps.

 

Ces changements immunologiques durables et associés à des symptômes ressentis bien au-delà de l'infection aiguë, contribuent aussi à expliquer les formes « COVID long ». Ces nouvelles données éclairent la persistance des changements adaptatifs du système immunitaire associés à COVID-19 et suggèrent des effets à plus long terme qui pourraient façonner,- en particulier chez ces patients à forme au long cours-, le maintien de l'immunité contre le SRAS-CoV- 2.