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GASTROENTÉRITE à ÉOSINOPHILES : Il ne suffit pas de se débarrasser des éosinophiles

Actualité publiée il y a 11 mois 3 semaines 2 jours
The Lancet Gastroenterology & Hepatology
Une recherche plus large sera nécessaire pour améliorer les résultats de la gastroentérite aux éosinophiles (Visuel Adobe Stock 91414528)

Une recherche plus large sera nécessaire pour améliorer les résultats de la gastroentérite aux éosinophiles, conclut cet essai clinique, mené au Cincinnati Children's Hospital Medical Center. Les conclusions, publiées dans le Lancet Gastroenterology & Hepatology indiquent qu'un nombre élevé de cellules éosinophiles reflète plutôt un signe majeur de la maladie que sa cause principale. Avec une bonne nouvelle, le traitement par anticorps monoclonal benralizumab se révèle assez efficace pour épuiser le nombre d'éosinophiles présents dans le sang et les tissus du tube digestif de ces patients atteints de gastrite à éosinophiles.

 

Mais il y a aussi une mauvaise nouvelle : l'élimination des éosinophiles ne suffit pas à arrêter les symptômes ressentis par les patients, atteints par cette forme rare et grave d'allergie alimentaire. Le traitement ne permet pas non plus d’améliorer les marqueurs clés de la santé des tissus intestinaux et les modèles d'expression génique associés.

 

Les troubles intestinaux avec éosinophiles (EGID : eosinophilic gastrointestinal disorders) se distinguent des autres allergies alimentaires par l’apparition retardée des symptômes après la consommation de l'aliment incriminé. Les patients atteints d'EGID ont des niveaux anormalement élevés d'éosinophiles dans les tissus du tube digestif. Les éosinophiles sont l'un des nombreux types de globules blancs qui font partie de notre système immunitaire normalement protecteur. Mais ils se produisent en si grande quantité dans l'EGID et l'asthme, qu’ils induisent une inflammation excessive et des lésions tissulaires. Si la réduction de leurs niveaux peut, en effet, avoir un avantage clinique substantiel, le rôle exact des éosinophiles dans l'EGID reste mal compris.

 

L'œsophagite à éosinophiles (EoE) est l'EGID le plus courant, affectant environ 1 personne sur 2.000. Au fil des ans, le nombre d'éosinophiles est devenu le biomarqueur clé pour suivre la gravité de l'EGID. De nouveaux candidats et repositionnements sont testés régulièrement, pour leur capacité à réduire le nombre d'éosinophiles. Le benralizumab, fabriqué par AstraZeneca, est l'un de ces médicaments, car il élimine en toute sécurité les éosinophiles du corps et est un traitement approuvé pour l'asthme sévère associé aux éosinophiles.

 

L’essai suggère cependant que les mécanismes à l'origine de la maladie sont en grande partie indépendants de la production excessive d'éosinophiles. L’auteur principal, le Dr Marc Rothenberg, un expert des troubles intestinaux avec éosinophiles en conclut que l’attention des cliniciens et des chercheurs doit se tourner vers d'autres cibles thérapeutiques.

La rémission de la maladie devrait même être reconsidérée,

soulignent les chercheurs dans leur communiqué.  

 

L'étude menée auprès de 26 patients atteints de gastrite éosinophile active, âgés de 12 à 60 ans, répartis au hasard pour recevoir soit le candidat, soit un placebo, à raison de 3 injections sur 12 semaines, révèle que :

 

  • sur les 13 participants ayant reçu le médicament, 10 ont obtenu une « rémission » technique : Cela signifie que le nombre d'éosinophiles dans leur sang et leur estomac a chuté considérablement, en fait, presque à zéro ;
  • cependant, aucune différence statistiquement significative n’est observée au niveau des symptômes, dont la douleur, les résultats endoscopiques, les scores de qualité de vie ou d'autres mesures, entre le groupe d’intervention et le groupe témoin ;
  • les anomalies structurelles des tissus se sont améliorées pour 6 des 13 participants traités, cependant elles se sont aggravées ou sont restées à l’identique pour les 7 autres ;
  • l’analyse de 48 gènes connus pour être affectés par des troubles éosinophiles ne révèle aucune amélioration des modèles d'expression.

 

Quelles implications pour la recherche clinique ? Il s’agit donc de détourner l'attention des éosinophiles en tant que principal contributeur et biomarqueur des maladies gastro-intestinales à éosinophiles. Ainsi, une gestion réussie de la gastrite à éosinophiles pourrait nécessiter l'inhibition d’autres voies permettant de réduire plus largement l'inflammation.

 

Quelles implications pour les patients ? Ces résultats suggèrent que les patients devront attendre plus longtemps pour avoir accès à des traitements plus efficaces de la gastrite à éosinophiles, même si plusieurs autres voies sont déjà en cours de test. Les traitements standard actuels, tels que la gestion de l'alimentation, les stéroïdes anti-inflammatoires et les analgésiques, doivent donc être poursuivis. Si les patients reçoivent des traitements hors AMM avec des bloqueurs de l'IL-5 (médicaments appauvrissant les éosinophiles), ils n’en bénéficieront probablement pas de manière significative …

 

Prochaines étapes : les chercheurs vont se concentrer sur l'intensification de l'étude des thérapies qui agissent contre d'autres aspects de la maladie éosinophile. En 2022, l’Agence américaine, Food and Drug Administration a approuvé l'utilisation du dupilumab - un médicament déjà approuvé pour le traitement de l'eczéma et de l'asthme - comme traitement de première intention pour l'EoE. Ce médicament, également un anticorps monoclonal, bloque la signalisation de l'interleukine-4 et de l'interleukine-13, ciblant ainsi l'inflammation de type 2 plutôt que les éosinophiles uniquement.

 

« De nombreux patients espèrent que se "débarasser" des éosinophiles va avoir un impact important sur les EGID. Ce n'est pas le cas. Cependant, même en cas de résultats décevants, nous apprenons et cela nous permet de passer à d'autres approches pour améliorer les traitements ».

 

Cette étude a été soutenue par AstraZeneca.

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