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INFECTION BACTÉRIENNE : Comment une infection urinaire peut monter au cerveau

Actualité publiée il y a 2 jours 3 heures 35 min
NEJM
Au sein d'une même infection peuvent coexister des sous-populations de bactéries de virulences différentes, l'une devenant capable de migrer d'une infection urinaire vers un abcès cérébral (Visuel Adobe Stock 85264602)

Au sein d'une même infection peuvent coexister des sous-populations de bactéries de virulences différentes, l'une devenant capable de migrer d'une infection urinaire vers un abcès cérébral. Cette étude de biologistes de l'University of Cologne et du Broad Institute of Harvard and MIT (Cologne), décrypte, dans le New England Journal of Medicine (NEJM), ce concept d'hétérovirulence.

 

Tout commence par une infection urinaire chronique à Klebsiella pneumoniae, un pathogène courant générateur d’infections nosocomiales. Mais le patient développe ensuite un abcès cérébral. A côté d'une population bactérienne « classique », une seconde sous-population, nettement plus virulente, est identifiée à la fois dans l'urine et dans l'abcès du cerveau.

Ce cas caractérise l'hétérovirulence,

soit la présence simultanée, au sein et au cours d'une même infection, de sous-populations bactériennes aux niveaux de virulence distincts. L’hétérovirulence fait ainsi écho à un phénomène connu, l'hétérorésistance, où des sous-populations résistantes aux antibiotiques compliquent le traitement. Ces sous-populations virulentes sont encore plus difficiles à détecter, car les traits de virulence bactérienne ne font pas encore partie des modes de diagnostic standards.

 

L’un des auteurs principaux, le Pr Christoph Ernst, chercheur à l'Institut de microbiologie médicale, d'immunologie et d'hygiène de l'Hôpital universitaire de Cologne, précise : « notre recherche relie, pour la première fois, directement les observations cliniques à des mécanismes moléculaires ».

 

L'étude repose sur un cas clinique, exploré par séquençage du génome entier. Les chercheurs ont d'abord établi que 2 populations bactériennes avaient une origine commune. Ils ont ensuite mené des investigations et des analyses afin de reconstituer les étapes évolutives menant à l'émergence de la sous-population de plus en plus virulente. Ces travaux révèlent que :

  • des sous-populations, plus virulentes, peuvent coexister avec la population bactérienne « classique » dans l'urine comme dans l'abcès cérébral ;

  • les 2 populations, classique et virulente, partagent une origine commune ;
  • quelques mutations ponctuelles ont suffi à doter les bactéries de cette virulence élevée ;
  • ces mutations protègent les bactéries de leur capture par les cellules immunitaires ;

 

De précédentes recherches de la même équipe avaient déjà montré que :

  • Klebsiella pneumoniae peut gagner en virulence par de simples mutations,

  • ces mutants étant associés à des infections du sang. La sévérité de l'infection dépendrait à la fois de la nature des mutations en cause et de l'état du patient.

« Des sous-populations hautement virulentes peuvent se développer dans des réservoirs en apparence anodins, comme les infections urinaires, et contribuer à

la propagation de l'infection chez un même patient à d’autres organes, dont le cerveau »,

expliquent les chercheurs.  

 

Quelles implications ? Les infections aiguës et latentes non maîtrisées favorisent l'émergence de ces populations hétérovirulentes, un enjeu particulièrement sensible pour les pathogènes multirésistants.

 

Ce phénomène souligne l'importance d'une meilleure compréhension de l'évolution bactérienne chez les patients afin de mieux diagnostiquer et traiter ces infections complexes.

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