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MALTRAITANCE : Des conséquences à vie chez les filles

Actualité publiée il y a 2 mois 5 jours 20 heures
JAMA Pediatrics
De nombreuses filles victimes de maltraitance à l’enfance continuent à présenter de mauvais résultats en matière de santé sexuelle à l'adolescence (Visuel Adobe Stock 324597383)

Si la surveillance des services sociaux et de protection de l'enfance offre des opportunités d'intervention supplémentaires auprès des enfants victimes de maltraitance, cette étude d’une équipe de l’Université de Pennsylvanie fait néanmoins un constat frappant et préoccupant. En dépit de ce suivi, de nombreuses filles victimes de maltraitance à l’enfance continuent à présenter de mauvais résultats en matière de santé sexuelle à l'adolescence. L’incidence des IST et des grossesses non désirées chez ce groupe de jeunes femmes suggère a minima une prévalence élevée des comportements sexuels à risque et appellent, dans le JAMA Pediatrics, à développer des programmes ciblés de santé sexuelle et à donner un meilleur accès à des méthodes contraceptives plus efficaces aux jeunes filles maltraitées.

 

Les auteurs suggèrent que si les services de protection de l'enfance enquêtent, veillent et interviennent dans les cas de maltraitance et de négligence envers les enfants, ils arrêtent peut-être leurs interventions peut-être un peu tôt, avant la survenue fréquente de ces problèmes de santé sexuelle chez les adolescentes. Ainsi, cette étude montre que les filles ayant fait l'objet d'une enquête de ces services, après avoir été victimes de maltraitance, sont plus susceptibles ensuite de connaître des problèmes de santé sexuelle, notamment de contracter une IST ou de connaître une grossesse non désirée, et cela avant même l’âge de 18 ans.

Vivre en famille d’accueil, réduit ce risque de problèmes de santé sexuelle

Les chercheurs constatent également que par rapport aux filles qui, après une maltraitance avérée, sont restées avec leur famille, les filles entrées en famille d'accueil ont un moindre risque de connaître ces problèmes de santé sexuelle. Précisément, l’étude menée auprès de 9.392 adolescentes a pris en compte leurs antécédents médicaux et leurs interactions avec les services de protection de l’enfance depuis l'âge de 13 ans et jusqu'à l'âge de 18 ans. Les données comprenaient outre les types de maltraitances subies, les résultats indésirables en matière de santé sexuelle dont les grossesses non désirées, les naissances vivantes et l’incidence des IST. L’analyse des données révèle que :

 

  • 8,4 % des jeunes participantes ont contracté une IST confirmée ;
  • 11,2 % sont tombées au moins 1 fois enceintes ;
  • 6,1 % ont eu une naissance vivante naissance vivante ;
  • 6 % ont déclaré un comportement sexuel à haut risque.
  • les filles placées en famille d'accueil avant l’âge de 13 ans sont moins susceptibles de tomber enceintes ;
  • les filles placées en famille d'accueil avant l’âge de 13 ans puis adoptées présentent -toujours avant un risque réduit de 40 % de diagnostic d’IST, un risque réduit de 52 % de grossesse et un risque réduit de 61 % de naissance (toujours jusqu’)à l’âge de 18 ans).

 

Un lien entre maltraitance à l’enfance et problèmes de santé sexuelle à l’adolescence : les abus ou les mauvais traitements pendant l'enfance et l'adolescence peuvent affecter la santé et le comportement sexuels futurs de plusieurs façons. Les filles qui ont subi des abus peuvent être plus susceptibles de consommer de la drogue ou de l'alcool, d'avoir une moins bonne fonction exécutive (dont capacité de décision) et d'avoir une vision déformée des relations interpersonnelles « normales » et respectueuses.

 

Offrir aux enfants maltraités une transition réussie vers l'âge adulte : la recherche apporte des exemples d’interventions qui permettraient de mieux accompagner ces enfants, comme des entretiens d’évaluation plus fréquents, une préparation aux compétences nécessaire de la vie, une éducation en santé sexuelle avec un accès plus simple à la contraception. Des facteurs qui peuvent conduire les adolescentes plus fragiles à s'impliquer avec des partenaires violents ou coercitifs.

 

L’auteur principal, Sarah Font, professeur agrégé de sociologie à Penn State suggère qu‘un suivi supplémentaire soit mis en œuvre pour prévenir ces résultats chez ces filles très vulnérables. Par ailleurs, le contact même avec un service social ou de protection de l’enfance doit être interprété comme un facteur prédictif et un indicateur d’un plus long suivi.

 

« Si cette première prise de contact peut permettre une première intervention, des services alternatifs devraient pouvoir prendre la suite et suivre la transition des adolescents à risque vers une vie adulte en bonne santé. Cela suppose des décisions de financements supplémentaires par les politiques », ajoute l’auteur qui prévoit des recherches futures afin d'examiner l'efficacité d'un accompagnement personnalisé.

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