MEMBRE FANTÔME : Une nouvelle compréhension du cerveau
Cette étude menée par des neuroscientifiques de l’University College London (UCL) et de l’Université de Cambridge sur les membres fantômes redéfinit notre compréhension du cerveau. Avec des collègues des National Institutes of Health (NIH) ces chercheurs éclairent avec ces travaux publiés dans la revue Nature Neuroscience, comment le cerveau conserve la trace mnésique et préserve la représentation du membre perdu.
Cette étude clinique, inédite, confirme et explique comment le centre de contrôle cérébral d'un membre perdu peut persister longtemps après une amputation chirurgicale. Ces conclusions contrastent avec la théorie de longue date sur la capacité du cerveau à se réorganiser ou plasticité cérébrale.
L’un des auteurs principaux, Chris Baker, chercheur au National Institute of Mental Health (NIMH/NIH) ajoute : « Il est rare de mener une étude comme celle-ci, c'est pourquoi nous nous sommes efforcés d’être extrêmement rigoureux. Nous avons analysé nos données sous différents angles et tous nos résultats sont cohérents ».
L’opportunité unique de suivre 3 patients avant et après l’amputation
L’étude exploite en effet l’opportunité unique de suivre 3 participants, par IRMf notamment, dans les mois précédant une amputation programmée (réalisée à des fins médicales distinctes), puis jusqu'à 5 ans après. Cela a permis à l’équipe d’examiner l'activité cérébrale humaine avant et après une amputation du bras. Ces observations par imagerie révèlent que :
-
la perte d'un membre n'entraîne pas de remaniement cérébral à grande échelle.
Quid de la neuroplasticité ? Différentes régions du cortex cérébral, la couche la plus externe du cerveau, sont responsables de la gestion de parties spécifiques du corps. Une théorie largement répandue parmi les neuroscientifiques est que, lorsqu'une partie du corps est endommagée ou perdue, le cortex se remodèle, les régions voisines associées aux parties intactes empiétant sur l'espace nouvellement disponible.
« Pendant des décennies, ce remodelage cortical en réponse à une amputation a été un exemple typique de plasticité cérébrale ».
Cependant, ce phénomène de neuroplasticité devenu un domaine des neurosciences à part entière reste l’objet de nombreux débats. Parmi lesquels, ce syndrome du membre fantôme envahissant et ses processus sous-jacents.
Ici, les chercheurs expliquent que
« le cerveau pourrait se souvenir de ce qu'il a perdu ».
La comparaison de l'activité cérébrale des participants avant et après leur amputation, apporte des révélations :
- l'activité cérébrale pré- et post-amputation présente en réalité peu, voire pas, de différence ;
- il est même difficile voire impossible de distinguer la différence entre les cartographies cérébrales pré- et post-amputation ;
- l’analyse des mouvements des doigts, à l’aide d’un algorithme d'apprentissage automatique, entraîné à identifier les mouvements des doigts à partir des données pré-amputation, n'a aucune difficulté à distinguer quel doigt fantôme est virtuellement déplacé après l'amputation ;
- ainsi, l’analyse des circuits cérébraux concernés renforcent l’observation initiale :
-
la représentation cérébrale du membre perdu perdure.
Ces résultats non seulement améliorent notre compréhension des manifestations du syndrome du membre fantôme et suggèrent que les traitements standards de la douleur fantôme – dont beaucoup supposent une réorganisation corticale après la perte d'un membre – méritent d'être repensés. Au-delà ces résultats pourraient également être déterminants pour le développement de traitements contre la douleur liée à l’amputation, la mise en œuvre de technologies d'interface cerveau-ordinateur et le développement de neuroprothèses.
« Cette étude nous rappelle avec force que même après la perte d'un membre, le cerveau s'accroche au corps,
presque comme s'il attendait de se reconnecter d'une nouvelle manière ».
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