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MICROBIOTE et MICI : Les champignons intestinaux ont leur part de responsabilité

Actualité publiée il y a 10 mois 1 semaine 2 jours
Science
La découverte que ces champignons intestinaux pourraient être impliqués dans l’étiologie des MICI suggèrent l’intérêt de combiner une thérapie antifongique aux traitements standards

Ces cellules immunitaires, les phagocytes du microbiote qui contrôlent les aliments et les antigènes bactériens dans les intestins contrôlent aussi la population intestinale des champignons. Ces travaux du Weill Cornell Medicine (New York) révèlent ainsi qu’un dysfonctionnement immunitaire contre ces champignons intestinaux pourrait expliquer certains cas de maladie de Crohn et d'autres formes de maladie inflammatoire chronique de l'intestin (MICI). Ces conclusions, présentées dans la revue Science, indiquent un lien fort entre les champignons, l'immunité et l'inflammation intestinale et suggèrent une nouvelle stratégie de traitement ciblée des MICI.

La découverte que ces champignons intestinaux pourraient être impliqués dans l’étiologie des MICI suggèrent l’intérêt de combiner une thérapie antifongique aux traitements standards, à condition d’identifier les patients concernés*, relève le Dr. Iliyan Iliev, professeur de microbiologie et d'immunologie au Weill Cornell Medicine.

 

Le mycobiome joue également un rôle clé dans les MICI : au sein du microbiome intestinal, connu maintenant pour son rôle primordial dans la digestion, le contrôle du métabolisme, et le système immunitaire, il y a les bactéries, qui font l’objet de très nombreuses recherches, mais aussi les champignons intestinaux. D’une manière générale, un échec des cellules immunitaires à contrôler la population de microbes intestinaux peut mener à une inflammation chronique de l'intestin qui se manifeste par une MICI, dont la maladie de Crohn ou la colite ulcéreuse. L'ADN fongique reste plus difficile d'accès que l’ADN bactérien cependant les nouvelles techniques de biologie moléculaire ont permis à cette équipe d’approfondir les interactions champignons-hôte dans l'intestin. Cette nouvelle étude montre qu’une large population de cellules fongiques ou mycobiome joue probablement un rôle clé dans les MICI.

 

Comment le système immunitaire régule le mycobiome intestinal ? L’équipe identifie ici un type de globule blanc, le phagocyte mononucléaire CX3CR1 +, comme principal régulateur fongique du système immunitaire. Ces phagocytes CX3CR1 + qui vivent dans la muqueuse intestinale, déjà connus pour défendre l'intestin en engloutissant des cellules bactériennes et même des cellules végétales et animales d'origine alimentaire, s’avèrent également bien équipées pour traiter les champignons (cf visuel : candida albicans (-visuel du haut et en rouge sur visuel du bas) englouti par les phagocytes CX3CR1 + (vert) dans les villosités de l'intestin) « Nos résultats montrent que ces cellules CX3CR1 +, essentielles pour l'initiation des réponses immunitaires aux champignons intestinaux régulent la composition du mycobiome intestinal ».

 

La preuve sur l’animal : chez la souris modèle de colite ulcéreuse et « chargée » de champignons intestinaux, les chercheurs montrent que privée de phagocytes CX3CR1 +, l’animal se révèle beaucoup plus sensibles à la maladie intestinale. Cependant, un traitement médicamenteux antifongique permet d’inverser les signes de la maladie chez ces souris dépourvues de phagocytes CX3CR1 + ce qui confirme la prolifération fongique comme cause de la MICI.

La preuve chez l’Homme : chez 500 patients atteints de la maladie de Crohn, les chercheurs constatent que *les sujets à gène CX3CR1 muté, présentent une réponse antifongique intestinale réduite de manière similaire à celle observée chez les souris dépourvues de phagocytes CX3CR1 +. Concrètement, ces patients génèrent peu d'anticorps contre les espèces fongiques vivant dans leurs intestins. Et ces patients bien que souffrant de MICI sont dépourvus de l'anticorps antifongique, ASCA, largement utilisé comme marqueur diagnostique de MICI. Ces patients, négatifs à l’ASCA, sont donc à risque élevé d’erreur diagnostique. Mais ces mêmes patients peuvent souffrir d’une réponse antifongique intestinale altérée qui favorise la prolifération fongique et l’aggravation de leur maladie intestinale.

 

Et ils pourraient avoir beaucoup à gagner avec l’adjonction d’un traitement antifongique…

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