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MICROBIOTE INTESTINAL : La bactérie qui s’attaque à l’instinct maternel

Actualité publiée il y a 10 mois 3 jours 14 min
Science Advances
Une bactérie spécifique influence le comportement des animaux, et en particulier leur instinct maternel (Visuel fusebulb)

C’est une découverte tout à fait inattendue et un tout nouveau rôle attribué à une bactérie spécifique du microbiote intestinal. Cette équipe du Salk Institute montre, chez les souris, comment un microbe particulier influence le comportement des animaux, et en particulier leur instinct maternel. Ces travaux, présentés dans la revue Science Advances, illustrent un nouvel aspect de l’axe intestin-cerveau.

 

La recherche progresse rapidement sur les multiples rôles du microbiote, à la fois sur la santé intestinale et métabolique, mais aussi sur la santé cérébrale. L’équipe de San Diego décrit ici l’effet curieux d’une souche de la bactérie E. coli qui, lorsqu'elle vit dans les intestins de souris femelles, les amène à négliger leur progéniture. Les chercheurs rappellent que la bactérie Escherichia coli (E. coli) (Visuel) est une bactérie intestinale courante chez les humains et les animaux, mais dont certaines souches peuvent causer des maladies

Le microbiote intestinal influence jusqu'au comportement

La manière dont le microbiote peut avoir un impact sur la santé mentale et les troubles neurologiques est un domaine de recherche en pleine croissance. La composition du microbiote intestinal chez les personnes a été liée à la dépression, à l'anxiété, à l'autisme et à d'autres conditions. Mais cette recherche, certes menée sur des souris, ajoute à la masse croissante de données scientifiques démontrant que les microbes exercent d’innombrables effets, ici jusqu'à impacter le comportement. C'est d'ailleurs, à la connaissance des auteurs, « la première démonstration de l’influence du microbiote intestinal sur le comportement maternel et sur la relation entre la mère et la progéniture ». L’auteur principal, Janelle Ayres, professeur de physiologie moléculaire au Salk commente ces résultats : « Cette étude ajoute à la preuve de plus en plus solide d’une connexion intestin-cerveau, avec un rôle des microbes de régulation du comportement de l'hôte ».

 

La preuve chez la souris : l’équipe s’est concentrée sur la régulation des processus corporels par les microbes, dont la croissance et le comportement. Les chercheurs ont suivi des groupes de souris qui avaient chacune une seule souche d'E. Coli dans leur intestin. Ils constatent que :

  • la progéniture des souris avec une souche particulière d'E. Coli, appelée O16: H48 MG1655, accusent un retard de croissance ;
  • un examen plus approfondi révèle que ces souris étaient plus petites parce qu'elles souffraient de malnutrition ;
  • si le comportement de la progéniture apparait normal, que la production et la composition du lait maternelle également, les mères souris négligeaient leurs petits, ce qui explique leur état de malnutrition ;
  • le retard de croissance de la progéniture peut néanmoins être rattrapé, soit en lui donnant un facteur de croissance appelé IGF-1, soit en la transférant à des mères souris dotées d’un instinct maternel normal ; la cause du retard de croissance provient donc bien du comportement de ces mères souris porteuses de la souche O16: H48 MG1655.

Une bactérie, un comportement ?

L’étude illustre la façon dont le microbiote intestinal peut perturber le comportement maternel et peut avoir un impact négatif sur le développement de la progéniture. Ainsi, le microbiote intervient aussi dans la construction de la relation mère-enfant jusque-là principalement associée à certaines hormones (dont l’ocytocine). Des analyses supplémentaires suggèrent que la souche en question pourrait justement affecter les niveaux de sérotonine, l'hormone associée aux sentiments de bonheur et de bien-être, mais d’autres recherches sont nécessaires.

 

A noter, la souche O16: H48 MG1655 est également présente dans le microbiote humain.

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