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SOMMEIL : Comment il fait la part des émotions

Actualité publiée il y a 5 mois 1 semaine 1 jour
Science
Cette équipe, via l’optogénétique, révèle comment, durant le sommeil paradoxal le cerveau travaille à consolider le stockage des émotions positives tout en atténuant la consolidation des émotions négatives (Visuel Pascal Gugler / Insel Gruppe)

Comment le sommeil contribue au traitement des émotions, cette équipe de neurologues de l’Université de Berne, grâce à l’optogénétique, révèle comment, durant le sommeil paradoxal le cerveau travaille à consolider le stockage des émotions positives tout en atténuant la consolidation des émotions négatives. Ces travaux, présentés dans la revue Science, élargissent encore l'importance du sommeil dans la santé mentale.

 

Le sommeil à mouvements oculaires rapides (REM ou paradoxal) est un état de sommeil unique et mystérieux au cours duquel la plupart des rêves se produisent avec un contenu émotionnel intense. Comment et pourquoi ces émotions sont réactivées reste un processus mal compris. Le cortex préfrontal intègre la plupart de ces émotions pendant l'éveil mais apparaît paradoxalement au repos pendant le sommeil paradoxal.

Mieux comprendre le traitement des émotions durant le sommeil

De la survie à la maladie mentale : l’auteur principal, le Pr Antoine Adamantidis de l'Université de Berne et clinicien au Département de neurologie de l'Inselspital (Hôpital universitaire de Berne), rappelle que le traitement des émotions, en particulier la capacité à faire la distinction entre danger et sécurité, est une fonction essentielle à la survie. Chez l'Homme, des émotions excessivement négatives, telles que des réactions de peur et d'anxiété, conduisent à des états pathologiques comme le syndrome de stress post-traumatique.

En Europe, 15 % de la population souffrent d'anxiété et de troubles mentaux graves.

L’étude : les chercheurs ont conditionné des souris à reconnaître les stimuli auditifs associés à la sécurité et d'autres associés au danger. L'activité des neurones du cerveau des souris a ensuite été enregistrée au cours des cycles veille-sommeil. De cette façon, les chercheurs ont pu cartographier comment les souvenirs émotionnels sont transformés pendant le sommeil paradoxal. Les neurones sont composés d'un corps cellulaire (soma) qui intègre les informations provenant des dendrites (entrées) et envoie des signaux aux autres neurones via leurs axones (sorties). Les cartographies révèlent que :

  • les somas cellulaires sont maintenus silencieux pendant que les dendrites sont activées : il y a découplage entre les 2 compartiments cellulaires, c'est-à-dire que le soma est profondément endormi et les dendrites sont bien éveillées ;

ce découplage permet :

  • aux dendrites, très actives d’encoder à la fois des émotions de danger et de sécurité,
  • au soma, inhibé, de bloquer complètement la sortie de signaux pendant le sommeil paradoxal ;
  • en d'autres termes, le cerveau favorise la sécurité par rapport au danger.

 

La coexistence de ces 2 mécanismes est bénéfique à la stabilité et à la survie : « Ce mécanisme bidirectionnel est essentiel pour optimiser la discrimination entre signaux dangereux et signaux de sécurité », explique un autre auteur principal de l’étude, Mattia Aime.

Lorsque ce mécanisme dysfonctionne, des réactions de peur excessives sont générées, ce qui peut entraîner des troubles anxieux.

 

Une « médecine du sommeil » pour réguler les émotions : ces résultats ouvrent la voie à une meilleure compréhension du traitement des émotions pendant le sommeil chez l'Homme et désignent de nouvelles cibles thérapeutiques pour traiter les souvenirs traumatiques, tels que les troubles de stress post-traumatique (TSPT). D'autres problèmes de santé mentale aigus ou chroniques pouvant impliquer ce découplage « somato-dendritique » pourraient également être concernés, comme, le stress aigu et chronique, l'anxiété, la dépression, la panique ou même l'anhédonie ou incapacité à ressentir du plaisir.

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