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ADDICTIONS aux drogues: Des bénéfices des Activités Physiques Adaptées

Actualité publiée il y a 3 années 5 mois 3 semaines
Thérapie

Les bénéfices des Activités Physiques Adaptées (APA) ne sont plus à démontrer en situation d’addiction. Ces activités physiques, sportives et artistiques réalisées dans un but de réhabilitation, d’insertion sociale, de promotion et de prévention de la santé auprès de publics à besoins spécifiquespeuvent en effet jouer un rôle clé sur le contrôle de la consommation. Des études expérimentales et cliniques ont permis de montrer que cette intervention, non médicamenteuse (INM) induit de nombreux bénéfices sur la santé des personnes toxicomanes. Un rappel donc de leurs bénéfices, chez les patients dépendants aux drogues, avec quelques suggestions d’activités, à adapter en fonction des envies et des attentes du patient. Une thérapie efficace, non médicamenteuse et personnalisée.

Une drogue, aujourd'hui désignée sous le terme de substance psychoactive, renvoie à une substance qui, lorsqu'elle agit sur le cerveau, va altérer certaines de ses fonctions. En effet, elle engendre des changements au niveau des sensations, de l'humeur, de la conscience, du comportement et de la perception, visuelles, corporelles ou auditives. Le recours à ces substances n'est pas nouveau. Il y a plus de 3.000 ans, les Babyloniens et les Egyptiens avaient recours au tabac, à l'opium et à l'alcool. Ces peuples soulignaient déjà les dangers de ces substances. Leurs utilités variaient selon les cultures et les traditions mais elles servaient essentiellement dans une optique de soin ou lors de diverses fêtes et cérémonies. Elles permettaient de modifier l'état de conscience et ainsi, renforcer les liens entre individus et avec les entités spirituelles. Plus tard, au XIXe siècle, des chimistes ont réussi à extraire les substances actives de ces plantes à des fins médicales. Les divers professionnels de santé ont alors tiré l'alarme sur la balance bénéfices-risques.


Un petit rappel : on distingue deux types de substances psychoactives :

- celles dites naturelles (plantes, champignons),

- et celles dont l'origine est synthétique, fabriquées en laboratoires grâce à différents produits chimiques. Les substances psychoactives sont également classifiées en 4 catégories selon l'effet qu'elles induisent :

· dépresseur : qui agissent sur le cerveau en ralentissant certaines fonctions ou sensations,

· stimulant : elles stimulent les sensations et l'activité de certaines fonctions telles que la fréquence cardiaque, la sensation d'éveil,

· hallucinogène : elles altèrent les perceptions auditives, visuelles et corporelles,

· stimulant-hallucinogène : elles accroissent les sensations et certaines fonctions organiques tout en altérant les perceptions mais dans un degré moindre que les substances hallucinogènes.

Les substances psychoactives peuvent altérer certaines zones du cerveau, en particulier dans le cerveau encore en développement, et les fonctions psychiques et physiques contrôlées par ces zones, en perturbant la transmission de l'information entre les neurones. Ces informations vont agir sur nos humeurs, nos perceptions, émotions. Ces informations transitent entre chaque neurone par l'intermédiaire des neurotransmetteurs. Certains d'entre eux vont stimuler la régulation de l'information, d'autres l'accélérer, quelques-uns vont la ralentir. C'est donc ce transfert de l'information qui est altéré. Certaines substances peuvent même avoir des propriétés similaires aux neurotransmetteurs déjà présents naturellement dans le cerveau humain et se fixer sur leurs récepteurs naturels, chaque neurotransmetteur ayant son propre récepteur. Ainsi la morphine se fixe, par exemple, sur les récepteurs de l'endorphine. Lorsque les drogues sont consommées régulièrement et en trop grande quantité, cela peut engendrer une forte dépendance à la substance ou addiction.

Qu'est-ce qu'une addiction ? Les addictions sont des pathologies cérébrales caractérisées par une dépendance à une substance ou à une activité, avec des conséquences délétères. Le National Institut of Drug Abuse (NIDA) en donne la définition suivante « l'addiction est une affection cérébrale chronique, récidivante caractérisée par la recherche et l'usage compulsif de substances psychoactives, malgré la connaissance de ses conséquences nocives ». Plusieurs outils reconnus existent pour diagnostiquer l'addiction (notamment les 11 critères de diagnostic listés dans le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) et l'outil en 6 critères de l'Organisation Mondiale de la santé (Classification CIM-10).

Les conséquences sur la santé des addictions aux drogues ont été bien documentées :

Depuis les années 1980, la mortalité liée à la consommation de ces produits a doublé. Elles sont la source de nombreux troubles, dont,

· des troubles cardiovasculaires (fréquence cardiaque anormale, infarctus, angor, etc…), de troubles respiratoires, de problèmes néphrologiques ou hépatiques. Certaines zones cérébrales peuvent être atteintes. Cela peut aller de l'AVC, aux lésions cérébrales ou encore aux crises de convulsions. Tout ceci va induire des troubles décisionnels, attentionnels, émotionnels, comportementaux ou encore de la mémoire. On retrouve également un développement de la paranoïa, de la dépression, de l'anxiété ainsi qu'un stress accru.

· L'addiction aux substances psychoactives entraîne également après leur consommation des douleurs abdominales, des nausées et des vomissements. D'un point vu général sur le corps, elles provoquent une augmentation de la température corporelle, une hyperactivité, des changements comportementaux, des douleurs musculo-squelettiques, des insomnies. Il faut noter qu'elles sont à l'origine de certains cancers.

· Des troubles hormonaux ont également été constatés. Les stéroïdes perturbent la production hormonale et peuvent entraîner une stérilité chez les hommes et une « masculinisation » chez les femmes. Toutes ces répercutions physiologiques vont avoir pour conséquence une diminution de l'estime de soi et des capacités physiques ainsi qu'un repli sur soi.

Les bénéfices des Activités Physiques Adaptées (APA) ne sont plus à démontrer en situation d'addiction. Les APA peuvent jouer un rôle clé sur le contrôle de la consommation. Des études expérimentales et cliniques ont permis de montrer que cette intervention, non médicamenteuse (INM) induit de nombreux bénéfices sur la santé des personnes toxicomanes.

Qu'est-ce que les Activités Physiques Adaptées ? Les Activités Physiques Adaptées sont toutes les activités physiques, sportives et artistiques pouvant être réalisées dans un but de réhabilitation, d'insertion sociale, de promotion et de prévention de la santé auprès de publics à besoins spécifiques (malade chroniques, personnes âgées, déficients intellectuels, toxicomanes, etc…). Elles permettent d'agir favorablement sur la santé dans sa dimension bio-psycho-sociale. En effet, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 1946 a défini la santé comme étant « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consistant pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité ».

Agir sur les composantes biologiques, psychologiques, sociales et cognitives du patient : les Enseignants en APA (EAPA) en utilisant les activités physiques, sportives et artistiques agissent sur les composantes biologiques, psychologiques, sociales et cognitives de la personne. Issus d'une formation universitaire, ils sont titulaires à minima d'une Licence STAPS mention APA et santé. Ces professionnels travaillent généralement en établissements sanitaires, sociaux ou médico-sociaux. Cependant, certains EAPA exercent en tant que professionnels libéraux ou au sein d'associations. Chaque prise en charge en APA fait l'objet auparavant d'un diagnostic éducatif (attentes, besoins, capacités et limitations des pratiquants).

Ø Ceci, afin de mettre en place des séances en adéquation avec le projet de vie des personnes dans un but d'amélioration de l'autonomie et de la qualité de vie.

Les bénéfices à la pratique des APA de manière régulière sont multiples. En effet, ces activités vont permettent

· de réduire le risque de développer une pathologie cardiovasculaire, le risque de chute, le niveau de stress, d'anxiété et de dépression,

· d'augmenter l'espérance de vie,

· d'améliorer l'estime de soi, la qualité de vie, l'endurance, la souplesse, la force,

· de nouer des contacts avec d'autres personnes dans la même situation ou de reprendre de nouvelles relations sociales.

Les APA peuvent favoriser la diminution de la consommation de substances. Deux raisons principales sont avancées :

- pratiquées avec régularité, les APA agissent sur les voies de la récompense, en apportant une sensation de bien-être similaire à celle obtenue avec la consommation de drogue,

- au plan psychologique, la pratique d'APA va influer positivement, en améliorant l'estime de soi et en diminuant les effets négatifs liés à l'anxiété et à la dépression. En cause, une sécrétion importante de neurotransmetteurs comme l'endorphine, la sérotonine ou encore la noradrénaline.

- en permettant une réappropriation du corps, les APA permettent aux patients toxicomanes de reprendre leurs activités quotidiennes et de redevenir actifs et non plus passifs sous l'influence de leur addiction.

- pratiquées en groupe, elles vont permettre de favoriser les échanges et l'intégration des différents participants. En effet, le travail en groupe permet de créer un cadre social dynamique qui va favoriser la communication. La pratique d'APA va servir d'espace de rencontre, de restructuration/reconstruction. Ceci, dans un but de réintégration sociale progressive.

L'objectif des professionnels en APA est que les patients s'épanouissent dans la pratique, qu'ils y prennent goût et qu'ils y trouvent un intérêt personnel. Les professionnels vont alors mettre en place une progressivité dans les séances tout en prenant en compte les capacités de chacun. Ceci, dans le but de développer l'autonomie, la qualité de vie et d'accompagner les personnes toxicomanes dans le sevrage à leur addiction.

Quelles activités physiques sont conseillées en cas d'addiction aux drogues ?

Aucune AP ne parait contre-indiquée dans un premier temps. Il faut se référer à l'avis du médecin traitant afin d'avoir une vision plus médicale et vérifier qu'il n'y ait pas de contre-indication particulière pour le patient à la pratique d'APA. Ensuite, il convient de choisir une ou plusieurs activités stimulantes que la personne appréciera, ce qui rendra son engagement plus durable sur le long terme. En fonction des envies et des attentes de la personne il est conseillé de proposer les APA suivantes :

- des APA à dominante aérobie (marche, vélo, natation, etc…) : ces activités vont permettre d'induire notamment des bénéfices au niveau cardiovasculaire et respiratoire, afin d'améliorer la tolérance à l'effort,

- des APA de type résistance (renforcement musculaire, pilate, gym douce, etc…) : ces activités vont permettre d'améliorer principalement la souplesse, la force ou encore la puissance musculaire,

- des APA centrées sur soi (yoga, taïchi, relaxation) : ce type d'activités va permettre aux personnes toxicomanes de se recentrer sur soi afin de prendre conscience de leur corps tout en leur apportant de la détente et diminuant leur stress. Elles vont également améliorer les qualités de souplesse ou encore l'équilibre,

- des APA de confrontations/coopérations individuelles ou collectives (basket, tennis de table, badminton, etc…) : ces activités vont permettre de favoriser les relations sociales en axant la pratique sur la coopération, le respect de l'autre tout en faisant face à une problématique de confrontation,

- des APA axées sur l'équilibre (parcours de marche/équilibre),

- des APA dites de nature ou « à risque » (canoé, kayak, escalade) : avec les personnes toxicomanes, le but de ce type d'activités est de procurer une sensation similaire à la prise de drogues → recherche de « risques ».

Toutes ces activités vont permettre d'agir sur les trois composantes de la santé (bio-psycho-sociale) dans un but d'amélioration de la qualité de vie.

Au final un large panel d'activités est envisageable. Nous conseillons donc aux personnes intéressées par l'engagement dans une pratique d'activité physique de prendre contact avec un Enseignant en APA. Il pourra alors les orienter et les guider vers une pratique adaptée par laquelle elles pourront s'épanouir et prendre du plaisir afin de les accompagner vers une diminution de leur addiction aux drogues.

Auteurs : Kim Laplanche, Valentin Roche et Alex Seven, étudiants en Master 2 parcours Réhabilitation par les Activités Physiques Adaptées (RAPA) à l'Université de Montpellier (24 mai 2016)

Plus d'info : Société Française des Professionnels en Activité Physique Adapté (SFP-APA)

Lire aussi : TROUBLES MENTAUX: Les bénéfices des Activités Physiques Adaptées (APA)-

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