ANXIÉTÉ : Des microbes en supplément pour la tranquillité d’esprit
Cette équipe de la Duke-NUS Medical School de Singapour révèle le rôle caché de microbes intestinaux et de leurs métabolites dans l’anxiété. L’étude, publiée dans la revue EMBO Molecular Medicine, suggère qu’une des clés pour soulager l’anxiété pourrait être cachée dans notre intestin, et que des métabolites microbiens, en particulier les indoles, pourraient jouer un rôle direct dans la régulation de l’activité cérébrale liée à l’anxiété. Cette découverte ouvre plusieurs options thérapeutiques, en particulier celle des probiotiques pour améliorer la santé mentale.
La prévalence des troubles de la santé mentale et particulièrement des troubles anxieux ne cesse d’augmenter. On estime que dans les pays riches environ 1 personne sur 7 souffre d'un trouble de santé mentale, ces troubles constituant l’une des 4 causes principales de morbidité.
La découverte de ce lien crucial entre les microbes intestinaux et l’anxiété
pourra donc avoir de grandes implications. C’est une illustration de plus de l'axe intestin-cerveau, par lequel des bactéries du microbiote peuvent médier un trouble de la santé mentale, mais aussi via lequel il devient possible de cibler l’intestin, ou le cerveau pour traiter respectivement l’organe réciproque. La recherche ouvre ainsi la voie à une thérapie alternative qui utilise des microbes probiotiques produisant des indoles pour réduire... les crises d’anxiété.
Les probiotiques, la prochaine avancée en matière de santé mentale ?
L’étude se concentre sur le rôle des microbes du microbiote intestinal, dans le comportement anxieux. Via des expériences précliniques, les scientifiques constatent que :
- les modèles animaux privés de microbiote, présentent un comportement lié à l'anxiété nettement plus marqué que ceux qui ont conservé un microbiote typique ;
- l'anxiété accrue est associée à une activité accrue dans une région du cerveau, l'amygdale impliquée dans le traitement des émotions telles que la peur et l'anxiété ;
- cette activation apparaît associée à des protéines spécialisées dans les cellules cérébrales connues sous le nom de canaux SK2 dépendants du calcium ;
- cependant, en cas d’exposition à certains métabolites microbiens vivants, les canaux SK2 agissent comme un embrayage, empêchant ainsi les neurones de devenir trop excités et de s’activer trop fréquemment.
Quel processus ? L’un des auteurs principaux, le professeur Shawn neuroscientifique et expert des troubles du comportement à la Duke-NUS, explique le processus neuronal spécifique et complexe qui relie les microbes à la santé mentale :
- des modèles animaux privés de microbes vivants présentent des niveaux de comportement anxieux plus élevés :
- en fait, l'absence de ces microbes perturbe le fonctionnement du cerveau, en particulier dans les zones qui contrôlent la peur et l'anxiété ;
- ainsi, lorsque les chercheurs introduisent des microbes vivants dans des souris privées de germes l'activité neuronale élevée dans l'amygdale et l'activité du canal SK2 sont réduites. Les comportements liés à l'anxiété aussi.
Quel traitement ? Un traitement avec des indoles, des métabolites microbiens produits par certains microbes permet de réduire l’activité l'amygdale basolatérale et le comportement lié à l'anxiété. Cet effet passe par les métabolites de ces bactéries.
Le lien direct entre le microbiote et le maintien de l'équilibre mental est donc bien confirmé.
« Autrement dit, différents niveaux d’indoles plasmatiques microbiens circulant dans le sang peuvent refléter une sensibilité et une vulnérabilité différentes aux situations stressantes et donc un risque variable de troubles liés à l’anxiété. »
Plus largement, ces travaux soulignent les liens évolutifs profonds entre les microbes, la nutrition et la fonction cérébrale avec un énorme potentiel pour les personnes souffrant de troubles liés au stress. Des essais cliniques sont planifiés pour déterminer si les probiotiques ou les suppléments à base d’indole pourraient efficacement chez l’Homme contribuer à traiter l’anxiété. C’est donc peut-être
le début d’une nouvelle ère dans les soins de santé mentale.
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