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CANCER : La restriction calorique sévère peut freiner la tumeur

Actualité publiée il y a 11 mois 3 semaines 5 jours
Cancer Discovery
Un programme de restriction calorique sévère, imitant le jeûne est sans danger et permet de moduler le métabolisme et de renforcer l'immunité antitumorale chez les patients atteints de cancer (Visuel Adobe Stock 221408290)

Un programme de restriction calorique sévère, imitant le jeûne est sans danger et permet de moduler le métabolisme et de renforcer l'immunité antitumorale chez les patients atteints de cancer, conclut cet essai clinique mené par une équipe de la Fondazione IRCCS Istituto Nazionale dei Tumori (Milan).

Ce type de régime est sûr, possible à suivre, et permet une diminution de la glycémie et de la concentration en facteur de croissance ainsi qu’une activité accrue de cellules T intra-tumorales chez les patients atteints de cancer.

 

De précédentes études, précliniques, avaient déjà suggéré a démontré qu'une restriction calorique sévère sous la forme d'un jeûne intermittent ou d'un régime imitant le jeûne peut avoir de puissants effets anticancéreux lorsqu'elle est associée à des traitements pharmacologiques standard. Cependant, l'innocuité et les effets biologiques de la restriction calorique chez les patients cancéreux ont été relativement encore peu étudiés.

Le programme apparaît « faisable », bien toléré par la majorité des participants et efficace contre la tumeur

L’essai est mené auprès de 101 patients présentant différents types de tumeurs traités avec différentes thérapies anticancéreuses standards. Les chercheurs ont invité les participants à suivre un régime de restriction calorique, essentiellement à base de végétaux à faible teneur en glucides et en protéines, fournissant jusqu'à 600 Kcal le jour 1 et environ 300 Kcal les jours 2, 3. , 4 et 5, pour un apport calorique total de 1.800 Kcal sur 5 jours. Ce cycle a été répété toutes les 3 ou 4 semaines jusqu'à un maximum de 8 cycles consécutifs. La restriction calorique était suivie d'une période de réalimentation « normale » de 16 à 23 jours, au cours de laquelle les patients n'ont été soumis à aucune restriction alimentaire spécifique mais ont été invités à se conformer aux recommandations relatives à une alimentation et un mode de vie sains. Les chercheurs ont également évalué les effets de la restriction calorique sur le métabolisme et les réponses immunitaires des patients.

 

Plus précisément ensuite, les chercheurs ont évalué les cellules immunitaires infiltrant la tumeur, et les profils immunitaires chez un sous-groupe de 22 patientes atteintes d'un cancer du sein pour lesquelles suffisamment de tissu tumoral avait été collecté avant et après la restriction alimentaire.

L’analyse montre :

 

  • une observance de 91,8% de l’ensemble des cycles de restriction calorique ;
  • une bonne sécurité de ce programme de restriction avec avec une incidence d'événements indésirables de 12,9 %, les effets les plus courants étant la fatigue, rarement grave ;
  • globalement le programme apparaît donc « faisable » et bien toléré par la majorité des participants, quel que soit le type de tumeur et les thérapies antitumorales suivies ;
  • la perte de poids corporel survenue pendant les 5 jours de restriction calorique sévère s’avère réversible chez la plupart des participants, au cours de la période de réalimentation ;
  • chez 99 patients évaluables, ce régime de restriction calorique a permis de réduire la glycémie de 18,6%, l'insuline sérique de 50,7% et l'IGF-1 (hormone de croissance Insulin-like Growth Factor One) sérique de 30% , ces modifications restant stables au cours des 8 cycles consécutifs ;
  • une sous-analyse menée sur 38 patients à la fin d'un cycle de 5 jours de restriction calorique, les chercheurs constatent une diminution significative des cellules myéloïdes immunosuppressives circulantes et une augmentation des cellules T CD8+ activées. Ces 2 effets « antitumoraux », sont observés indépendamment des thérapies antitumorales concomitantes ;
  • la sous-analyse menée auprès des de 22 patientes atteintes d'un cancer du sein, confirme une augmentation significative des cellules T CD8+ infiltrant la tumeur et d'autres modifications exprimant un microenvironnement immunitaire antitumoral, après la restriction calorique.

 

Pris ensemble ces résultats du premier essai clinique mené chez l'Homme sur le sujet, confirment l'efficacité biologique et un niveau élevé de sécurité/innocuité de ce programme de restriction calorique .

« Ce type de programme peut vraiment favoriser l'activation de réponses immunitaires antitumorales »,

concluent les chercheurs qui rappellent que : « la restriction calorique est une approche sûre, peu coûteuse et efficace, qui peut être combinée avec des thérapies antinéoplasiques standard, dans le traitement du cancer ».

 

Les auteurs soulignent également la réversibilité de la perte de poids corporel lors de la période de « réalimentation ».

 

Quel processus ? La restriction calorique sévère génère un « choc » métabolique qui active plusieurs populations de cellules immunitaires ce qui augmente également l'activité antitumorale des traitements anticancéreux. Ces effets positifs sont observés à la fois au niveau systémique et tumoral, ce qui suggère une réponse immunitaire globale qui prend naissance dans le sang et se propage ensuite à la tumeur.

 

De nouveaux essais cliniques, dont l'essai BREAKFAST sont en cours, afin de  mieux comprendre si les effets métaboliques et immunologiques induits par la restriction calorique ont des conséquences cliniquement pertinentes, sur la survie notamment des patients atteints de cancer.

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