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COCAÏNE: Une thérapie génique qui réveille la mémoire d'extinction

Actualité publiée il y a 3 années 3 semaines 3 jours
The Journal of Neuroscience

Une thérapie génique par vecteur viral capable de briser dans le cerveau le lien entre les signaux environnementaux ou stimuli et la recherche de cocaïne et de revéiller ainsi "la mémoire d'extinction", c’est l’espoir d’une nouvelle thérapie contre l’addiction à la drogue, ouvert par cette équipe de l’Université de Caroline du Sud. De nouvelles données d’études précliniques, présentées dans le Journal of Neuroscience sur une nouvelle génération de médicaments, les « DREADDs » (ou Designer Receptors Exclusively Activated by Designer Drugs), prometteuse pour le traitement de la toxicomanie chez les humains.

La technologie des DREADDs, accessible aux chercheurs du monde entier via le National Institutes of Mental Health Psychoactive Drug Screening Program consiste à insérer, via un virus le gène DREADD directement dans le génome des cellules, ce qui les poussent à développer des récepteurs de surface, ce qui n'entraine qu'une « légère modification ». Ces récepteurs expriment une protéine codée par le gène DREADD qui leur permet d'être actionnés par le seul médicament conçu pour se lier à cette protéine. Dans ce cas, l'équipe infuse un virus portant un gène DREADD conçu pour changer des récepteurs de surface sur les neurones. Une fois que les neurones ont été infectés, ils répondent au médicament spécialement conçu pour éteindre spécifiquement le groupe de neurones impliqué dans le comportement de dépendance. Les autres cellules du corps ne sont pas impactées.


Les chercheurs de Caroline du Sud utilisent ici la technologie DREADDs pour réprimer certains comportements de dépendance, précisément ceux liés aux stimuli de l'environnement qui vont induire la recherche de la substance et la libération de la dopamine au moment de sa consommation. Lorsque les usagers essaient d'arrêter, ce sont ces stimuli qui vont activer ce besoin intense de rechercher à nouveau de la cocaïne. Or la résistance à la rechute est en partie médiée dans le-cortex préfrontal ventromédian, une zone du cerveau où la mémoire des associations stimuli-consommation-récompense peut être « détricotée ». C'est ce que l'on nomme « la mémoire d'extinction », rappellent les chercheurs, une zone capable donc de supprimer la réponse émotionnelle aux stimuli. Ainsi, la mémoire d'extinction permet de supprimer la composante pathologique de la réponse aux stimuli.

La nouvelle approche cible cette zone spécifique dans le cerveau, qui régule la dépendance : ici des rats sont autorisés à s'auto-administrer de la cocaïne en appuyant sur un des deux leviers, l'un actif et l'autre inactif. Lorsque le rat actionne le levier actif, la cocaïne est délivrée avec un signal sonore et lumineux qui constituent les stimuli. Après une série de séances quotidiennes d'exposition à la cocaïne, les rats ont donc appris à associer les stimuli avec la cocaïne. Lorsqu'on leur supprime l'accès à la cocaïne, puis lorsqu'on leur en re-propose, les rats qui ont reçu la DREADD, même en cas d'exposition aux stimuli sonores et lumineux font moins de rechute. Cependant, ensuite, lors des expositions suivantes à la substance, ils rechutent comme les rats non traités. Ces observations suggèrent bien un effet sur la mémoire d'extinction mais pas sur la vulnérabilité ou dépendance de fond.

C'est tout de même la preuve de concept du ciblage possible, avec cette technologie, d'une petite population de cellules spécialisées dans le cerveau, impliquée dans la régulation de la dépendance. Si la « technologie » doit encore être améliorée, et si cibler la mémoire d'extinction n'est peut-être pas aussi « radical » qu'inhiber la réponse émotionnelle à la substance, cette stratégie pourrait, une fois combinée à un soutien psychologique constituer une thérapie cognitivo-comportementale renforcée efficace. « On peut tout à fait imaginer, dans un futur proche, une personne prendre une pilule pour activer cette zone très spécifique de son cerveau ».

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