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COVID-19 : L’impact drastique des fermetures d’écoles sur le développement des enfants

Actualité publiée il y a 5 mois 3 semaines 1 jour
Child Development
La pandémie aura eu des effets néfastes sur les capacités cognitives et motrices des enfants, en particulier des enfants appartenant aux communautés les plus vulnérables (Visuel Adobe Stock 330990739)

Quel est l'impact à plus long terme des fermetures d'écoles sur la santé des enfants d'âge préscolaire ?  Cette étude qui rétrospectivement a regardé les effets des grands événements sanitaires et historiques sur la santé des enfants, et pas seulement ceux de la pandémie COVID-19, révèle, dans la revue Child Development, les effets néfastes de l’épidémie sur les capacités cognitives et motrices des enfants, en particulier des enfants appartenant aux communautés les plus vulnérables.

 

Les chercheurs notent qu'historiquement, des événements mondiaux tels que la Seconde Guerre mondiale, la Grande Dépression, la récession de 2008 et les épidémies de SRAS et de N1H1 ont eu un impact considérable sur les trajectoires de développement des enfants, avec des effets durables. En 2020, la pandémie de COVID-19, qui a entraîné des fermetures d'écoles partout dans le monde et de graves perturbations dans les systèmes éducatifs, a eu des effets considérables sur le développement des enfants d'âge préscolaire.

Des déficits importants dans les compétences motrices, linguistiques et mathématiques 

Alors que les performances précoces en mathématiques et en langage sont de solides prédicteurs des résultats scolaires futurs, à l'école primaire, ces compétences, soulignent les auteurs, sont aussi celles qui sont les plus difficiles à enseigner à la maison. Car elles nécessitent une expertise pédagogique, des activités et du matériel appropriés et une stimulation importante de l’enfant. L’auteur principal, Alejandro Vásquez- Echeverría, professeur à l’Interdisciplinary Center of Cognition for Education and Learning (CICEA, Urugay) commente les résultats :

« les déficits sont inégaux selon les enfants, dans les différents domaines de développement, les déficits les plus importants étant dans les compétences motrices, linguistiques et logiques-mathématiques ».

 

L'étude a comparé 2 groupes d'enfants âgés de 4 à 6 ans :

 

  1. un groupe de 34.355 enfants ayant fréquenté l'école maternelle de 2018 à 2019 avant la pandémie,
  2. un groupe de 30.158 enfants ayant fréquenté l'école maternelle en 2019 et 2020 et donc ayant été impactés par la fermeture des écoles et les autres mesures de distanciation.

Les chercheurs disposaient des données recueillies grâce à une évaluation du développement des enfants des écoles publiques. Les enfants avaient été évalués par les enseignants à 2 reprises, dans les classes correspondant à l’âge de 4 ans puis à l’âge de 5 ans. Les enseignants évalué leurs compétences cognitives, motrices et socio-émotionnelles au cours d'une journée d'école typique sur une période de 3 à 4 semaines. L’analyse révèle que pendant la pandémie :

 

  • les compétences cognitives et motrices des enfants de 5 ans ont été les plus impactées, suivies des capacités nécessaires à l’apprentissage (attention, concentration, mémoire) ;
  • la fermeture des écoles et l’école à domicile ont entraîné une diminution drastique de l'activité physique, ce qui contribue à expliquer un retard conséquent dans les capacités motrices ;
  • des comportements d'évitement et d'anxiété sont fréquemment observés chez les enfants -du groupe « COVID »- : les chercheurs analysent ces comportements comme associés au stress accru des parents et des enseignants ;
  • cependant, de manière surprenante, ces mêmes enfants du groupe COVID présentent des comportements moins agressifs vs les enfants du groupe témoin. Ce qui peut néanmoins s’expliquer par une supervision accrue des interactions sociales ;
  • les déficits d’apprentissage et de capacités sont moins marqués dans les zones plus privilégiées : « ces déficits sont moins prononcés chez les enfants des écoles plus favorisées" , écrit Meliza Gonzalez, co-auteur et chercheur à l'Universidad de la República. « Les enfants déjà aux prises avec des difficultés scolaires sont ceux qui ont accusé les déficits de développement les plus importants" : la pandémie aura ainsi accru l’écart entre les enfants plus et moins favorisés.

 

Ces données appellent à des interventions post-pandémie auprès des enfants les plus à risque de retard de développement, soulignent les auteurs. Certes, l’étude présente des limites, comme l’impossibilité de prendre totalement en compte les facteurs familiaux et les spécificités des protocoles de scolarisation à la maison.

 

Cependant, les chercheurs soulignent l’importance de l’impact à long terme de la pandémie sur le développement cognitif et émotionnel des enfants, un impact probablement sous-estimé en raison de l’abandon de l’étude de nombreux enfants appartenant aux communautés les plus vulnérables.

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