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ÉPILEPSIE : Rétablir le rôle amortisseur des interneurones

Actualité publiée il y a 10 mois 1 jour 22 heures
The Journal of Neuroscience
Dans 30% des cas, l’épilepsie reste réfractaire au traitement (Visuel Adobe Stock 216698942)

L’épilepsie est une maladie aux multiples formes, complexe, souvent exempte de facteurs prédictifs et aux facteurs de risque extrêmement variables. La compréhension toujours imparfaite de ses causes et des mécanismes en jeu dans le cerveau contribue à expliquer l’absence, dans de nombreux cas, de traitements définitifs de la maladie. Ainsi, on estime que dans 30% des cas, l’épilepsie reste réfractaire aux traitements. Cette équipe de l’University of Virginia Health System révèle aujourd’hui un mécanisme déclencheur jusque-là inconnu des crises : des anomalies spécifiques, dans les microcircuits corticaux du cerveau, qui peuvent déclencher les crises. L’équipe suggère, dans le Journal of Neuroscience, que cibler ce dysfonctionnement précisément pourrait conduire à de nouveaux médicaments permettant de traiter une forme dévastatrice de la maladie.

 

Les Drs Eric R. Wengert et Manoj K. Patel montrent ici que les interneurones de la somatostatine, un type particulier de cellules cérébrales, peuvent provoquer des crises en cas de dysfonction. Les interneurones fonctionnent normalement comme un système de freinage intégré permettant justement d’éviter une activité excessive dans le cerveau et donc de prévenir les crises, mais, lorsqu’ils sont dysfonctionnels, ils laissent se développer cette hyperactivité associée aux crises. Des mutations dans un gène particulier déjà connu pour provoquer un syndrome épileptique rare chez les humains, semblent responsables de ces dysfonctionnements.

L'identification de cellules nerveuses bien particulières censées éviter les crises

Cette découverte est importante car elle va permettre d’orienter la recherche de nouvelles thérapies qui vont cibler ces cellules défectueuses pour tenter de rétablir l'équilibre du cerveau et prévenir les crises.

 

Les chercheurs décryptent ici le rôle des interneurones de la somatostatine dans le cadre d’une recherche portant au départ sur une maladie neurologique rare appelée encéphalopathie épileptique SCN8A. SCN8A fait référence à une mutation du gène SCN8A qui cause la maladie. Les enfants atteints d'épilepsie SCN8A souffrent souvent de crises récurrentes qui ne répondent pas aux médicaments ainsi que de graves retards de développement et de troubles moteurs. Ils encourent également un risque très élevé de mort subite, l’une des premières causes de décès lié à l'épilepsie. Pour mieux comprendre les processus en cause dans cette forme rare d’épilepsie, les chercheurs ont développé une souris porteuse de 2 mutations « SCN8A » présentes chez des patients humains. Les chercheurs ont pu ainsi identifier les neurones responsables du dysfonctionnement neurologique et observer les effets directs des mutations de SCN8A : des modifications néfastes des canaux sodiques qui entraînent l’extinction des interneurones de la somatostatine.

« Le système de freinage est cassé »,

expliquent les chercheurs : un cerveau privé d’interneurones de somatostatine fonctionnels développe « une excitation galopante » qui peut entraîner une crise. A la lumière de ces conclusions, il semble donc possible de traiter cette forme d’épilepsie, mais sans doute également des formes plus courantes en trouvant le moyen de réparer ces interneurones agités.

 

« Ces résultats nous aident à mieux comprendre l'épilepsie plus largement ».

Car les interneurones de la somatostatine jouent un rôle clé, quelles que soient les formes d'épilepsie. Et rétablir le bon fonctionnement de ces cellules constitue une nouvelle approche antiépileptique prometteuse.

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