GINGIVITE : La bactérie des gencives qui chahute le rythme cardiaque
On ne compte plus les études faisant le lien entre la gingivite et la maladie cardiaque, suggérant qu’une bonne santé buccodentaire est un facteur clé de prévention du risque cardiovasculaire. Cette nouvelle étude de biologistes et cardiologues de l’Université d'Hiroshima, publiée dans la revue Circulation suit une bactérie des gencives à la trace, Porphyromonas gingivalis et son déplacement jusqu’à pénétrer le muscle cardiaque par les petits vaisseaux sanguins. Ces travaux décryptent ainsi, pour la première fois le lien bactérien entre gingivite, parodontite et trouble du rythme cardiaque, et suggèrent que le traitement parodontal, qui peut bloquer la voie d'entrée de la translocation de P. gingivalis, pourrait jouer un rôle clé dans la prévention et le traitement de la fibrillation auriculaire.
Car P. gingivalis, caractéristique de la gingivite et de la parodontite, peut se propager dans la circulation sanguine et s'infiltrer dans le cœur, y provoquer discrètement une accumulation de tissu cicatriciel ou fibrose, ce qui déforme l'architecture cardiaque, interfère avec les signaux électriques et augmente le risque de fibrillation auriculaire (FA).
La FA est un trouble du rythme cardiaque grave pouvant entraîner un accident vasculaire cérébral (AVC), une insuffisance cardiaque et d'autres complications mortelles. Dans le monde, l’incidence de la FA a presque doublé en moins de 10 ans, et ce trouble touche aujourd’hui plus de 60 millions de personnes.
En clinique, les médecins remarquent couramment que leurs patients atteints de parodontites ont plus sujets aux problèmes cardiovasculaires. Une récente méta-analyse a ainsi établi
un lien entre la parodontite et un risque accru de 30 % de FA.
Enfin, de nombreuses recherches ont montré que l'inflammation était probablement responsable, dans ce lien entre parodontite et FA. Lorsque les cellules immunitaires des gencives se mobilisent pour combattre l'infection, les signaux chimiques qu'elles libèrent peuvent s'infiltrer par inadvertance dans la circulation sanguine, alimentant une inflammation systémique susceptible d'endommager des organes éloignés de la bouche, dont le cœur.
L’étude démontre que l'inflammation n'est cependant pas la seule menace associée à des gencives enflammées. L’équipe d’Hiroshima identifie ici l'ADN de bactéries buccales nocives dans le muscle cardiaque, les valvules et même les plaques artérielles graisseuses. Parmi ces bactéries,
- P. gingivalis démontre sa capacité à se propager via l'oreillette gauche, tant chez des modèles animaux que chez l'Homme, suggérant une voie microbienne potentielle reliant la parodontite à la FA ;
- des souris infectées avec P. gingivalis sont, à la 18e semaine, 6 fois plus susceptibles de développer des troubles du rythme cardiaque, vs 5 % groupe témoin ;
- chez ces souris infectées avec P. gingivalis, la bactérie est identifiée dans l'oreillette gauche du cœur, où le tissu infecté devient rigide et fibreux ;
- la souche de P. gingivalis est également repérée dans le cœur ;
- dès 12 semaines après l'infection, les souris exposées à P. gingivalis présentent déjà davantage de cicatrices cardiaques ;
- à 18 semaines, la fibrose cardiaque chez les souris infectées atteint 21,9 % des tissus, vs 16,3 % -probablement liés au vieillissement- dans le groupe témoin ;
- ces observations suggèrent que P. gingivalis non seulement déclenche des lésions cardiaques précoces, mais les accélérer aussi au fil du temps ;
- enfin, l’analyse du tissu auriculaire gauche de 68 patients (humains) atteints de FA -ayant subi une chirurgie cardiaque- révèle aussi la présence de la bactérie P. gingivalis et en plus grande quantité chez les patients atteints d'une maladie gingivale avancée.
L’un des auteurs principaux, Shunsuke Miyauchi, professeur à l'Université de Houston, relève : « La propagation des bactéries parodontales dans la circulation sanguine constitue un lien entre la parodontie et la FA ».
Quel processus ? P. gingivalis peut envahir les cellules hôtes et échapper à la destruction par autophagie. Cette capacité à se dissimuler à l'intérieur des cellules suggère un moyen par lequel la bactérie peut contourner les défenses immunitaires et déclencher une inflammation juste assez importante pour causer des dommages sans être éliminée.
Ces résultats suggèrent aussi que le brossage, l'utilisation du fil dentaire et des examens dentaires réguliers, permettant de maintenir une bonne hygiène buccodentaire, pourraient aussi contribuer à protéger le cœur- en bloquant la porte d'entrée cardiaque, d'une invasion de P. gingivalis.
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