Découvrez nos réseaux sociaux
Actualités

OPIOÏDES : Lutter contre la crise commence aux Urgences

Actualité publiée il y a 5 mois 1 semaine 3 jours
EUSEM
L'abus d'opioïdes est en grande partie attribué à une prescription excessive, en particulier pour les douleurs chroniques (Visuel Fotolia 144943646)

Alors que les derniers bilans, aux États-Unis, font état d’une multiplication par 4 des décès liés aux overdoses d’opioïdes, toutes les mesures de prescription qui peuvent permettre de réduire le risque de dépendance sont bonnes à envisager. Cette équipe de médecins urgentistes de l'Université de Montréal, relève ainsi que dans de nombreux cas, il serait possible -et bienvenu- de prescrire seulement quelques comprimés d’opioïdes aux patients sortant des services d’urgence. Ainsi, pour un nombre non négligeable de patients qui sortent des Urgences, quelques comprimés suffisent à soulager la douleur. Ces conclusions présentées lors du Congrès 2023 de l’European Society for Emergency Medicine (EUSEM) constituent un début de réponse à la crise actuelle des opioïdes.

 

Alors que l'abus d'opioïdes est en grande partie attribué à une prescription excessive, en particulier pour les douleurs chroniques, alors qu’en moyenne, la moitié des patients sortant des Urgences n'ont besoin que de 5 comprimés ou moins de morphine à 5 mg ou d'un analgésique opioïde équivalent, l’ajustement des prescriptions et de la délivrance très précisément en fonction du besoin de chaque patient s’impose. Bien entendu, il est essentiel que les patients reçoivent suffisamment de médicaments pour les aider à se remettre de leur douleur et de leurs blessures, précisent les auteurs.

 

L’auteur principal, le Pr Raoul Daoust, de l'Université de Montréal précise : « les opioïdes tels que la morphine, peuvent être très bénéfiques pour les patients souffrant de douleurs aiguës, par exemple lorsqu’ils se sont blessés au cou ou se sont fracturé un os. Cependant, les patients se voient souvent prescrire trop de comprimés d’opioïdes, ce qui suggère que ces comprimés inutilisés seront disponibles pour un usage hors prescription. D’un autre côté, il ne s’agit pas de suivre la tendance actuelle, aux États-Unis, qui consiste à ne plus prescrire d’opioïdes du tout, laissant certains patients dans des souffrances insupportables ».

La prescription doit être mieux personnalisée pour les opioïdes

Le bon équilibre consiste en effet à prescrire le juste nombre de comprimés pour pouvoir gérer la douleur,

« sans comprimés inutilisés susceptibles d’être utilisés à mauvais escient »

L’étude est menée auprès de 2.240 patients adultes traités en service des Urgences, pour une maladie provoquant une douleur aiguë. Tous ont reçu une prescription d’opioïdes et ont été invités à remplir un journal de prise des médicaments contre la douleur sur 2 les semaines suivantes. L’analyse révèle que :

 

  • dans l’ensemble, la moitié des patients prennent 5 comprimés de morphine (5 mg) ou moins ; cependant le nombre de comprimés suffisant pour la plupart des patients pendant les 2 semaines variait considérablement en fonction des niveaux de douleur du patient : un patient souffrant de coliques néphrétiques ou de douleurs abdominales n'aura ainsi besoin que de 8 comprimés, un patient ayant eu une fracture, de 24 comprimés.
  • Ainsi, en général et en pratique, les patients consomment peu d’opioïdes, mais cela varie en fonction du type d’affection douloureuse. Ces données permettent d’adapter la quantité d’opioïdes à prescrire en fonction des besoins des patients.

 

Et pour la délivrance en pharmacie ? On pourrait demander au pharmacien de fournir également des opioïdes en petites portions, comme 5 comprimés au départ, car pour la moitié des patients, cela suffirait pour 2 semaines.

 

Les chercheurs vont maintenant appliquer leurs résultats en clinique pour évaluer s’ils ont un impact sur l’usage et le mésusage à long terme des opioïdes.

 

Le professeur Youri Yordanov du service des urgences de l'hôpital Saint-Antoine (APHP Paris), France, président du comité des résumés d'EUSEM 2023 précise : « On estime que des millions de personnes dans le monde souffrent de dépendance aux opioïdes et que plus de 100.000 personnes meurent chaque année d’une overdose d’opioïdes. Ces médicaments jouent un rôle important en médecine d’urgence, mais nous devons nous assurer qu’ils sont prescrits judicieusement ».

Autres actualités sur le même thème