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TROUBLES MENTAUX: Les bénéfices des Activités Physiques Adaptées (APA)

Actualité publiée il y a 6 années 7 mois 1 semaine
Journal of Psychiatric and Mental Health Nursing et autres revues

Les pathologies mentales représentent aujourd’hui 5 des 10 principales causes médicales de handicap dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). La prise en charge des personnes souffrant de troubles psychiques est devenue ainsi un enjeu sociétal, politique et économique d’envergure. Développer des prises en charge non médicamenteuses complémentaires est devenu indispensable. Parmi ces modes de prise en charge, l’activité physique peut également permettre d’accompagner le malade dans son projet de vie et venir compléter le traitement pour prévenir son risque de comorbidités physiques et lui apporter une meilleure qualité de vie.

Les troubles psychiques sont universels, ils touchent aussi bien les hommes que les femmes, à tout âge et dans tous les milieux sociaux. Si les troubles psychiques cités dans la Classification Internationale des Maladies de l'OMS ou dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) sont nombreux et variés, allant des troubles de l'humeur aux troubles de la personnalité, schizothypiques et délirants, ou encore du comportement alimentaire, la plupart des auteurs considèrent désormais que le développement de ces troubles se fait selon un modèle multigénique et multifactoriel (5). Ces modèles induisent des comportements inadaptés spécifiques à chaque trouble tels que des discours incohérents, un décalage avec la réalité, une désorganisation de la pensée, une perte de repères spatio-temporels, etc. Ainsi, on devrait considérer qu'il y a autant de maladies mentales que de personnes malades mentales. Le repli sur soi : En se manifestant de manière chronique, ces troubles entraînent la personne vers l'inadaptation et la dégradation de sa qualité de vie. Pour réduire l'anxiété générée par ces troubles, la personne adopte généralement un mode de vie sédentaire, ce qui amène une diminution progressive de ses capacités physiques et une incidence élevée de développer des comorbidités (obésité, diabète, troubles vasculaires, etc). 60 % des décès sont ainsi attribuables aux troubles somatiques (1). Un « repli sur soi » diminue considérablement les interactions sociales que peut avoir l'individu avec son entourage. Or, moins la personne interagit avec son environnement, plus elle en aura « peur » et plus elle se coupera de tous ses liens sociaux. Les personnes atteintes de maladie mentale grave voient ainsi leur espérance de vie diminuée de 9 à 12 ans en comparaison à la population générale (4). Associés à des représentations sociales négatives très fortes, les troubles psychiques ont donc un impact néfaste sur la personne dans sa globalité, autant au niveau physique que psychique ou social.


Stopper la spirale dramatique : Trop sous-estimé, le réengagement dans une vie relativement autonome et satisfaisante peut survenir sans que la maladie ait complètement disparu (6). En effet, il est possible d'apprendre à mieux vivre avec sa maladie sans pour autant en guérir. Le consensus au sein de la communauté scientifique qui prône les bienfaits de la pratique d'activité physique régulière pour une bonne santé n'est pas discutable. C'est ainsi qu'au-delà du traitement médical, nous proposons aujourd'hui d'accompagner la personne dans son projet de réhabilitation à travers une prise en charge en activité physique. Cependant, compte tenu des symptômes liés à la maladie, n'est ce pas la pratique d'activité physique qui garantit une bonne santé mais bien plus la manière dont elle est pratiquée et la qualité de ceux qui les enseignent ?

Le rôle des « APA » : Les professionnels diplômés de Licence ou de Master STAPS, mention Activités Physiques Adaptées (APA) sont compétents dans ce domaine. Ils élaborent, planifient et encadrent les activités physiques tout en maîtrisant à la fois les risques et les bénéfices liés à la spécificité de la pathologie. Les APA contribuent à une meilleure qualité de vie d'un point de vu physique, psychique mais aussi social. En effet, à travers des expériences motrices, sensorielles et émotionnelles nouvelles, la personne va pouvoir améliorer ou maintenir sa condition physique tout en luttant contre les comorbidités liées à la sédentarité. Des activités qui ouvrent également un espace d'interaction sociale, où la personne pourra prendre plaisir à se mouvoir et découvrir son corps autrement afin de mieux vivre avec et avec les autres. Les APA permettent ainsi d'accompagner la personne vers un mode de vie plus satisfaisant. Pour cela, les APA doivent être organisées en lien avec l'équipe de soin pour un accompagnement pluridisciplinaire cohérent et efficace au service de la personne malade. Différentes études ont apporté des preuves des bénéfices des activités physiques pour les patients atteints de troubles mentaux, pourtant la pratique n'est pas encore reconnue comme une intervention réellement efficace dans le traitement de la maladie mentale (2,3). Il paraît aujourd'hui essentiel de faire valoir les bénéfices des APA auprès des établissements accueillant des personnes en souffrance psychique afin qu'elles fassent partie intégrante de leur projet thérapeutique.

Auteurs: Marine Olympieff, Chloé Jeanjean , Claire Fournié (Visuel@ OMS/P. Virot)
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Bibliographie
1. Brown S, Inskip H, Barraclough B. (2000). Causes of the excess mortality of schizophrenia. Br J Psychiatry ;177:212—7
2. Callaghan P. (2004) Exercise: A neglected intervention in mental health care? Journal of Psychiatric and Mental Health Nursing 2004, 11, 476-783.
3. Crone D., Smith A., Gough B. (2006). The physical activity and mental health relationship – a contemporary perspective from qualitative research, Acta Univ. Palacki. Olomuc., Gymn.
4. Goldman, L. S. (2000). Comorbid medical illness in psychiatric patients. Currents Psychiatry Reports, 2, 256-63.
5. Guillou, E & D'Anjou, A. (2006). Schizophrénie : sur la piste génétique. La Presse Médicale, 35, 841-846.
6. Ridgway, P. (2011). Recovery in Mental Health. Reshaping scientitific and clinical responsabilities. Psychiatric services 62, 5, 567.
7. Santé Canada (2002). Rapport sur les maladies mentales au Canada, Ottawa, Canada.

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