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ALZHEIMER : 2 doses d’un somnifère réduisent les niveaux de protéine toxique ?

Actualité publiée il y a 9 mois 2 semaines 3 jours
Annals of Neurology
Plusieurs études ont suggéré une association entre la maladie d’Alzheimer et les troubles du sommeil (Visuel Adobe Stock 57616622)

Plusieurs études ont suggéré une association entre la maladie d’Alzheimer et les troubles du sommeil. Rien de très étonnant alors que durant le sommeil, le système glymphatique se met en marche et nettoie le cerveau des déchets cellulaires et des protéines toxiques. Cette étude va plus loin en montrant que quelques doses de somnifères suffisent à réduire les niveaux de la protéine tau, caractéristique de la maladie. Davantage de recherches restent cependant nécessaires pour confirmer un rapport bénéfice-risque positif, précise l’équipe de l'Université de Washington qui présente son étude dans les Annals of Neurology.

 

La maladie d'Alzheimer commence lorsque des plaques de la protéine bêta-amyloïde commencent à s'accumuler dans le cerveau. Après des années d'accumulation d'amyloïde, une deuxième protéine cérébrale, tau, commence à former des enchevêtrements toxiques pour les neurones. Les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer commencent alors à ressentir des symptômes cognitifs tels que la perte de mémoire.

 

Les auteurs rappellent en effet que les troubles du sommeil peuvent être un signe précoce de la maladie d'Alzheimer. De nombreuses personnes finalement diagnostiquées avec la maladie d'Alzheimer commencent à éprouver des difficultés à s'endormir et à rester endormies des années avant que les symptômes cognitifs tels que la perte de mémoire et la confusion n'apparaissent. C'est un cercle vicieux : la maladie d'Alzheimer implique des modifications du cerveau qui perturbent le sommeil, et un mauvais sommeil accélère ces modifications néfastes du cerveau. L’équipe de Saint-Louis a fait partie des premières à montrer qu'un mauvais sommeil est lié à des niveaux plus élevés d'amyloïde et de tau dans le cerveau. La question demeure cependant si un bon sommeil ou plus de sommeil, pourraient avoir l'effet inverse, soit une réduction des niveaux d'amyloïde et de tau.

L'espoir de médicaments qui tirent parti du lien entre le sommeil et la maladie d'Alzheimer

L’étude est une petite étude de concept, menée auprès de 38 participants âgés de 45 à 65 ans et exempts de troubles cognitifs, ayant reçu soit une dose plus faible (10 mg) de ce somnifère (suvorexant) (n=13), soit une dose plus élevée (20 mg) (n=12) soit un placebo (n=13) à 21 heures, avant d’aller dormir dans un laboratoire du sommeil de l'Université de Washington. Les chercheurs ont prélevé une petite quantité de liquide céphalo-rachidien par ponction lombaire toutes les 2 heures pendant 36 heures, en commençant une heure avant l'administration du somnifère ou du placebo, pour mesurer l'évolution des niveaux d'amyloïde et de tau sur 2 jours. L’expérience révèle que :

 

  • les patients qui ont pris un somnifère avant de se coucher présentent une baisse des niveaux de protéines caractéristiques de la maladie d'Alzheimer ;
  • les niveaux d'amyloïde ont chuté de 10 % à 20 % dans le liquide céphalo-rachidien des personnes ayant reçu la dose la plus élevée vs placebo et les niveaux d'une forme clé de tau connue sous le nom de tau hyperphosphorylé ont chuté de 10 % à 15 % ;
  • aucune différence significative a pu être relevée entre les personnes ayant reçu une faible dose du somnifère vs placebo ;
  • 24 heures après la première dose, les taux de tau hyperphosphorylés dans le groupe à forte dose avaient réaugmenté, tandis que les taux d'amyloïde sont restés faibles ;
  • une deuxième dose de somnifère, administrée la deuxième nuit, a fait baisser à nouveau les niveaux des 2 protéines chez les participants du groupe à forte dose ;

Le somnifère reçu était l'hypnotique suvorexant,

approuvé par l’Agence américaine Food and Drug Administration (FDA) pour le traitement de l'insomnie. Il faudra donc vérifier que cet effet est associé à d’autres somnifères avant de confirmer la viabilité d'une telle approche. Le suvorexant appartient à une classe de médicaments contre l'insomnie connus sous le nom d'antagonistes des récepteurs doubles de l'orexine. L'orexine est une biomolécule naturelle qui favorise l'éveil. Lorsque l'orexine est bloquée, l’endormissement est favorisé. Il existe déjà 3 inhibiteurs d'orexine approuvés par la FDA, d'autres sont en cours d’homologation.

 

« Il serait donc prématuré pour les personnes à risque élevé de maladie d'Alzheimer de prendre un somnifère tous les soirs », relève l'auteur principal, le Dr Brendan Lucey, professeur agrégé de neurologie et directeur du Sleep Medicine Center de l'Université de Washington. « Nous ne savons pas encore si une utilisation à long terme serait efficace à éviter ou ralentir le déclin cognitif, et si c'est le cas, à quelle dose et pour quels patients. Néanmoins, ces résultats sont très encourageants. Le médicament utilisé dans l’étude est déjà disponible et démontré comme sûr et nous apportons les premières preuves de son action sur les niveaux de protéines critiques pour la progression de la maladie ».

 

« Si nous pouvons réduire l'amyloïde un peu plus chaque jour et faire également baisser la forme de tau hyperphosphorylée qui tuent les neurones. De nombreuses études restent nécessaires, d’autant qu’il faudrait que les patients prennent ces somnifères pendant des mois, au moins…"

 

Cependant, ces travaux révèlent déjà le grand espoir de médicaments qui tirent parti du lien entre le sommeil et la maladie d'Alzheimer pour prévenir le déclin cognitif.

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