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SANTÉ PUBLIQUE: La crise financière, une tragédie grecque

Actualité publiée il y a 9 années 8 mois 2 semaines
The Lancet

Ce bilan, publié dans le Lancet par le sociologue David Stuckler de l’University of Cambridge, se penche sur l’une des conséquences de la crise financière et pas des moindres, la santé, sur un terrain d’étude particulièrement touché, la Grèce. Cet article décrit ainsi les conséquences sanitaires, à la lumière de 4 années de récession, de baisse de revenus et de dégradation des conditions de vie. Au-delà, ce bilan apporte des informations généralisables, au fil de l’évolution économique, à toute l'Union Européenne, avertissent les auteurs.

Les auteurs de Cambridge, de la London School of Hygiene and Tropical Medicine et de la London School of Economics and Political Science (Londres) et de l'Université de Californierappellent une situation dégradée en Grèce, plus que nulle part ailleurs en Europe, avec un taux de chômage de 16,6% (mai 2011) dont 40,1% chez les jeunes, une dette à hauteur de 142,8% du PIB et un emprunt de 110 milliards d'euros au FMI. Le report de soins, une tendance grandissante (Schéma ci-contre): Depuis 2007, les chercheurs travaillent sur les données de 12.346 et 15.045 participants recrutés en Grèce en 2007 et 2009, respectivement. Et depuis 2007, les auteurs constatent une augmentation significative de personnes déclarant ne pas pouvoir aller chez un médecin ou chez le dentiste même si nécessaire (OR: 1,15, IC : 95% de 1,02 -1,30 pour le médecin et OR: 1.14, de 1.01 à 1,28 pour le dentiste). Les principales raisons évoquées sont la longueur des délais d'attente (OR : 1,83), l'éloignement (OR : 2,50), « attendre de se sentir mieux » (OR : 1,93), plus que les difficultés économiques (déclarées) (OR : 0,87).


Le système de santé, le premier touché: Le système de santé grec doit permettre aux citoyens assurés sociaux de consulter un médecin généraliste gratuitement et de consulter à l'hôpital pour0 à 5€, et ces réductions d'accès aux soins résultent principalement d'une dégradation du système de soins lui-même, liée à une réduction des dépenses de santé de 40% avec les sous-effectifs, les pénuries de médicaments et de dispositifs médicaux qui vont avec et les « pots de vin donnés au personnel médical » pour passer avant dans des hôpitaux débordés. Car les hôpitaux publics sont débordés, avec une augmentation des admissions de 24% en 2010 vs 2009, alors que les cliniques privées sont délaissées avec une baisse des admissions de 25 à 30%.

Les groupes vulnérables, les premiers touchés:

· La prévalence des personnes déclarant que leur santé est «mauvaise» ou «très mauvaise» augmente (OR: 1,14). Les suicides sont en hausse de 17% en 2009vs 2007.

· 25% des personnes faisant des tentatives de suicide l'expliquent par leur incapacité de rembourser des dettes personnelles.

· Les taux d'homicide et de vol ont presque doublé entre 2007 et 2009.

· Une augmentation significative des infections est constatée depuis fin 2010 (+52% en 2011 vs 2010), la moitié de cette augmentation étant concentrée chez des usagers drogues intraveineuses. Ainsi, la prévalence de l'usage d'héroïne aurait progressé de 20% en 2009 vs 2008.

· Une grande partie des nouvelles infections à VIH est liée à une augmentation de la prostitution

· L'utilisation des « cliniques de rue » gérées en Grèce par des ONG est en pleine explosion. 30% des Grecs y auraient aujourd'hui recours vs 4% avant la crise.

La crise a quelques rares avantages sanitaires, liés à la réduction du niveau de vie, tels que la baisse de la consommation d'alcool, par exemple.

Les gens ordinaires paient le prix ultime: Mais les auteurs dénoncent une situation sanitaire extrêmement préoccupante. Ils rappellent que dans cet effort pour réduire la dette, ce sont « les gens ordinaires qui paient le prix ultime », qui perdent l'accès aux soins et aux services de prévention, font face à des risques plus élevés de VIH et de maladies sexuellement transmissibles et voient leur risque de décès augmenté.

Le même sociologue avait publié dans le même Lancet, en juillet dernier, un état des lieux sanitaire et un bilan de la manière dont la crise financière avait affecté les schémas de mortalité en Europe. Ces précédentes données montraient des augmentations des taux de suicide entre 2007 et 2009 dans la plupart des pays, premiers révélateurs de la rapidité des conséquences sanitaires de la crise financière ...

Source: The Lancet Early Online Publication, 10 October 2011 doi:10.1016/S0140-6736(11)61556-0 « Health effects of financial crisis” (Vignette Médecins du monde)

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