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SOINS PALLIATIFS : La détresse morale touche aussi les médecins et les soignants

Actualité publiée il y a 2 années 1 mois 2 semaines
Journal of Hospital Medicine
Plusieurs études apportent des conseils importants aux cliniciens qui prennent en charge des patients hospitalisés atteints de maladies graves

Cette nouvelle revue de la littérature sur les soins palliatifs permet une mise à jour des compétences mais aussi une réponse mieux adaptée aux besoins en soins palliatifs des patients hospitalisés. Les chercheurs de la Loyola Medicine concentrent en effet leur analyse sur les techniques les plus susceptibles d'avoir un impact en pratique hospitalière. Neuf articles sont ainsi retenus et présentés dans le Journal of Hospital Medicine : ces articles apportent des conseils importants aux cliniciens qui prennent en charge des patients hospitalisés atteints de maladies graves, y compris dans la prise en charge des symptômes, la planification des soins, la gestion de la détresse morale et les conditions de fin de vie.

 

Les chercheurs ont examiné l’ensemble des articles scientifiques publiés sur le sujet en 2016, référencés en particulier dans MEDLINE, en ont sélectionné et analysé 55 puis ont retenu 9 articles, par consensus, pour leur rigueur scientifique, leur pertinence en médecine hospitalière et leur impact sur la pratique clinique en soins palliatifs. Selon les auteurs, ce sont neuf « nouveautés » majeures issues des dernières recherches sur les soins palliatifs hospitaliers.

 

La détresse morale chez les médecins : comme chez les aidants à domicile, la détresse morale est fréquente chez les cliniciens confrontés à des situations complexes sur le plan éthique. Cette révèle chez ces médecins, appelés à prendre des décisions difficiles, une détresse morale très élevée. Cette détresse est particulièrement présente lorsque les protocoles imposent des traitements inutiles ou « futiles » -comme une intubation chez des patients atteints de démence avancée-. Ainsi de nombreux médecins participants déclarent être souvent dans l’obligation de fournir des soins de fin de vie qui ne sont pas dans l'intérêt du patient et entrainent des souffrances inutiles.

 

Les symptômes dépressifs des aidants et des soignants : Plus de la moitié des patients atteints de maladies graves chroniques ont besoin du soutien d'un soignant/aidant durant au moins un an après une hospitalisation. L’étude qui a suivi 280 soignants pendant un an constate (et confirme) une prévalence très élevée de la dépression majeure et chronique chez ces soignants. Les auteurs suggèrent une surveillance de la vulnérabilité mentale des aidants et des soignants à domicile, ainsi que le développement d’interventions visant à leur apporter un soutien social.

 

Perte du partenaire, un fardeau extrême pour les couples LGBT : cette seconde étude révèle le fardeau élevé associé au décès du partenaire chez les personnes LGBT alors qu’elles sont confrontées à de multiples facteurs de stress supplémentaires, dont la discrimination et l'homophobie, l'incapacité de certains professionnels de santé à reconnaître la relation de couple, les problèmes juridiques et financiers supplémentaires et le risque plus élevé du VIH / SIDA. Cette étude sensibilise donc les soignants à ces situations, les appelant à plus d’attention vis-à-vis de ce groupe de patients et de leurs partenaires.

 

Le traitement du délire : Les antipsychotiques sont largement utilisés pour traiter les symptômes de délire, cependant, cette étude révèle des scores encore plus élevés de délire chez les patients recevant les antipsychotiques rispéridone et halopéridol vs les patients ayant reçu des traitements non médicamenteux. Cette étude pose la question de la préférence en première intention de traitements non médicamenteux, tels que les thérapies cognitivo-comportementales, psychosociales, de stimulation sensorielle (musicothérapie, aromathérapie, luminothérapie…).

 

Le traitement de la douleur cancéreuse : cette étude révèle la supériorité de la morphine à faible dose par rapport aux opioïdes comme la codéine et le tramadol, pour le traitement de la douleur cancéreuse modérée. Une seconde révèle que la méthadone utilisée comme médicament complémentaire contre la douleur peut également réduire significativement la douleur modérée causée par le cancer.

 

L’usage inapproprié des antimicrobiens : Lorsqu'un patient est en toute fin de vie, le médecin peut prescrire des soins de confort pour assurer au patient une fin de vie tranquille et sans douleur, et cela sans tenter de prolonger la vie. Cependant une étude menée auprès de 711 patients en fin de vie, révèle que 24 heures après cette prescription de soins de confort de fin de vie, 16% d’entre eux recevaient encore des antimicrobiens (antibiotiques ou antifongiques).

 

Anticiper la planification des soins de fin de vie : cette planification préalable des soins est effectuée sur la base des soins que le patient souhaiterait recevoir s’il devient incapable ou inconscient. Une étude révèle que l'utilisation de vidéos éducatives permet d’augmenter le pourcentage de patients hospitalisés qui anticipent leur plan de soins de fin de vie.

 

Consultations en soins palliatifs, pour les familles ? Une étude a examiné l'efficacité d'un programme destinés aux membres de la famille de patients atteints de maladies chroniques graves. Le programme comprenait des entretiens de soutien et d’information sur la maladie et le pronostic du patient. Dans cette étude, l’équipe soignante rencontrait une première fois la famille 7 jours après que le patient ait été mis sous respirateur puis 10 jours plus tard. L'étude montre que les membres de la famille qui ont « bénéficié » de ces interventions présentent les mêmes niveaux d'anxiété et de dépression et des niveaux plus élevés de stress post-traumatique que les familles qui n'ont pas suivi ce programme. L'étude n'a pas évalué les consultations en soins palliatifs spécialisés en USI. Si l'intervention palliative testée ici était plus informative, ces données suggèrent a minima la très grande difficulté de trouver la communication adaptée avec ces familles se trouvant dans ces situations douloureuses.

Toutes ces recherches apportent des pistes importantes de réflexion, aux cliniciens qui prennent en charge des patients hospitalisés atteints de maladies graves et en fin de vie. On retient l’absence « d’outils efficaces » pour lutter contre la détresse morale, omniprésente, chez les cliniciens, les soignants, les aidants et bien sûr les proches confrontés à la fin de vie.

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