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Un champignon contre le CANCER

Actualité publiée il y a 1 année 6 jours 27 min
Nature Chemical Biology
Ces scientifiques viennent de transformer un champignon toxique, Aspergillus flavus, en un puissant médicament anticancéreux, efficace en particulier contre la leucémie (Visuel Adobe stock 809933410)

Ces bioingénieurs de l'Université de Pennsylvanie viennent de transformer un champignon toxique, Aspergillus flavus, en un puissant médicament anticancéreux, efficace en particulier contre la leucémie. Ces travaux, publiés dans la revue Nature Chemical Biology, livrent précisément des molécules extrêmement prometteuses, extraites de ce champignon : les aspérigimycines, une découverte comparable, relèvent les auteurs, à la pénicilline.

 

Les scientifiques ont ainsi littéralement transformé un champignon mortel en un puissant anticancéreux efficace contre les cellules leucémiques. Le composé rivalise en efficacité avec des anticancéreux standards -approuvés par la FDA-. Cette découverte ouvre une nouvelle voie contre les cancers : de nouveaux médicaments fongiques.

« Les champignons nous ont déjà donné la pénicilline »,

explique l’un des auteurs principaux, le Dr Sherry Gao, professeur agrégé à la Penn en génie chimique et biomoléculaire : « ces résultats montrent qu'il reste encore beaucoup à découvrir de nouveaux médicaments dérivés de produits naturels ».

 

Aspergillus flavus, un champignon hautement toxique : Aspergillus flavus est nommé ainsi en raison de ses spores jaunes, est depuis longtemps un ennemi microbien. A l'ouverture du tombeau du roi Toutânkhamon dans les années 1920, une série de décès prématurés au sein de l'équipe de fouilles a alimenté les rumeurs d'une malédiction pharaonique. Il semble que des spores fongiques, dormantes depuis des millénaires, pourraient avoir joué un rôle dans cette hécatombe. Des faits similaires intervenus lors de fouilles dans les années 1970, A. flavus, dont les toxines peuvent provoquer des infections pulmonaires, aurait à nouveau entraîné des décès.

Aspergillus flavus, nouveau traitement prometteur contre le cancer :

Le champignon crée des molécules aux propriétés anticancéreuses, et dont la synthèse est extrêmement complexe. « Mais c'est aussi ce qui leur confère cette remarquable bioactivité », relèvent les chimistes. Ceux-ci ont d'abord analysé une douzaine de souches d'Aspergillus, dont des recherches antérieures suggéraient qu'elles pourraient contenir davantage de substances chimiques et identifié A. flavus comme un candidat prometteur pour des études plus approfondies.

 

L'analyse génétique identifie une protéine particulière d'A. flavus comme source de ces molécules anticancéreuses. Après avoir purifié 4 types de ces molécules, les chercheurs ont découvert que ces molécules partageaient une structure unique d'anneaux imbriqués. Les chercheurs ont baptisé ces molécules, jamais décrites auparavant, d'après le champignon dans lequel elles ont été trouvées :

les aspérigimycines.

  • même sans modification, mélangées à des cellules cancéreuses humaines, les aspérigimycines démontrent un remarquable potentiel thérapeutique : 2 des 4 variantes exercent des effets puissants contre les cellules leucémiques.
  • une autre variante, à laquelle les chercheurs ont ajouté un lipide apporte des résultats aussi bons que la cytarabine et la daunorubicine, 2 anticancéreux approuvés par la FDA et utilisés depuis des décennies pour traiter la leucémie.
  • les lipides augmentent l'efficacité des aspérigimycines en activant un gène, SLC46A3, essentiel pour permettre aux aspérigimycines de pénétrer en nombre suffisant dans les cellules leucémiques.

 

« Ce gène agit comme une passerelle. Il ne se contente pas de faciliter la pénétration des aspérigimycines dans les cellules, il pourrait également permettre à d'autres “peptides cycliques” de faire de même ».

 

Quelle action des aspérigimycines ? Ces molécules perturbent le processus de division cellulaire. Alors que les cellules cancéreuses se divisent de manière incontrôlable, ces molécules bloquent la formation de microtubules, essentiels à la division cellulaire.

 

Les scientifiques précisent que ces composés n'ont eu que peu ou pas d'effet sur les cellules cancéreuses du sein, du foie ou du poumon, ni sur diverses bactéries et champignons, ce qui suggère que les effets perturbateurs des aspérigimycines sont spécifiques à certains types de cellules…

 

La prochaine étape va consister à tester les aspérigimycines sur des modèles animaux, dans l'espoir de passer ensuite aux essais cliniques sur l'Homme.

« La nature nous a offert cette incroyable pharmacie »…

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