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PALUDISME: S'inspirer de la défense du moustique pour protéger l'Homme

Actualité publiée il y a 4 années 6 mois 4 jours
The Journal of Innate Immunity

Et si notre système immunitaire était capable de prévoir les situations à risque et de se mobiliser en prévision ? C’est un peu le cas des moustiques qui arment leurs défenses immunitaires juste après avoir sucé du sang pour mieux se protéger contre d’éventuelles infections parasitaires, révèle cette étude américaine. Un décryptage du mécanisme sous-jacent chez le vecteur, qui pourrait s’avérer utile à l’Homme.

Michael Povelones, professeur assistant à la Penn's School of Veterinary Medicine, co-auteur de l'étude, étudie depuis de nombreuses années l'interaction entre les moustiques et les parasites. Même si le moustique est vu avant tout comme un vecteur du paludisme et d'autres maladies, il a tout de même sa propre réponse immunitaire à l'infection. Une meilleure compréhension de la façon dont il va lutter naturellement contre l'infection pourrait aussi offrir une stratégie de prévention pour l'homme ? « Le paludisme et autres maladies vectorielles posent la question des résistances aux médicaments et aux insecticides. Les moustiques font un excellent travail de contrôle de l'infection dans leur propre corps, pouvoir utiliser cette information à notre avantage, nous permettra peut-être de trouver de nouvelles voies de prévention des infections transmises par le moustique ».


Des protéines de défense chez le moustique et…chez l'Homme : Avec des collègues de l'Université de Pennsylvanie et de l'Imperial College de Londres, l'auteur montre que chez la femelle moustique, après un repas de sang, la production de protéines du système immunitaire adaptées à la lutte contre les parasites augmente. L'équipe savait déjà qu'un groupe de molécules appelées protéines immunitaires riches en séquences répétées en leucine (LRIM pour leucine-rich repeat immune protein), jouait un rôle primordial dans la défense immunitaire des moustiques. En 2009 déjà, l'équipe rapportait dans la revue Science que 2 de ces protéines, LRIM1 et APL1C, sont également impliquées dans le système immunitaire humain et participent, à travers une cascade d'interactions de signalisation moléculaire à la coordination de la réponse immunitaire. Chez le moustique, LRIM1 et APL1C contribuent à cibler et à détruire les parasites du paludisme.

2 douzaines de ces protéines font en fait l'immunité des moustiques : En travaillant sur des moustiques Anopheles gambiae –principal vecteur du paludisme en Afrique- les chercheurs montrent qu'en bloquant ces LRIM et en particulier, l'une d'entre elles, LRIM9, que le moustique, exposé à un parasite –ici Plasmodium berghei, un cousin de Plasmodium falciparum- le moustique se retrouve avec des niveaux de parasites multipliés par 3. Or les femelles adultes, les seuls moustiques à « sucer » le sang, présentent les niveaux d'expression les plus élevés de LRIM9, plus de 20 fois plus élevés que chez les mâles adultes. Et, en prévention d'une éventuelle infection, ces niveaux bondissent après le repas. Et même lorsque ces moustiques reçoivent des antibiotiques avant le repas de sang, ce qui suggère que ce mécanisme de défense se déclenche systématiquement, même en l'absence de pathogènes.

Une hormone favorise ces protéines protectrices : Dans une seconde étape, les chercheurs identifient une hormone stéroïde secrétée par les ovaires de la moustique femelle, l'ecdysone qui entraine l'augmentation de la production de la protéine LRIM9.

C'est donc une nouvelle voie prometteuse que celle de cette hormone –ou de son équivalent chez l'Homme- et de cette famille de protéines «LRIM » pour accélérer une réponse immunitaire, chez le moustique ou chez l'Homme ? avant même l'infection par le parasite ?

Source: The Journal of Innate Immunity 2015 DOI:10.1159/000365331 Anopheles gambiae Blood Feeding Initiates an Anticipatory Defense Response to Plasmodium berghei (Visuel@ University of Pennsylvania)

et Science 2009 DOI: 10.1126/science.1171400 Leucine-Rich Repeat Protein Complex Activates Mosquito Complement in Defense Against Plasmodium Parasites

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