Actualités

BÉGAIEMENT: Toujours un sacré handicap sur le marché de l'emploi

Actualité publiée il y a 8 années 5 mois 4 jours
Work, Employment and Society

« Cette voix n'est pas ce que veulent les organisations », explique un participant bègue. Une discrimination professionnelle systématique contre les personnes bègues, avec la crainte de réactions négatives possibles des clients ou des membres de l'équipe, c’est ce que conclut cette étude de l'Université de Newcastle dans la revue Work, Employment and Society. Une vraie discrimination, de fait, puisque les deux tiers des personnes bègues qui parviennent à trouver un emploi le décrivent comme un poste dont personne d'autre n’aurait voulu.

1 % de la population mondiale est atteinte de bégaiement, 3 hommes pour 1 femme. Le bégaiement est un trouble qui peut apparaître dès 3 ans et se poursuivre ensuite l'âge adulte. De nombreux facteurs sont évoqués, dont des troubles physiologiques, psychologiques, et même des facteurs génétiques. Les facteurs favorisants évoqués sont le retard de parole, un climat familial tendu, l'anxiété ou d'autres événements déclenchants de nature traumatique. Le bégaiement par inhibition ou timidité au point de ne pouvoir s'exprimer fait partie d'un tableau d'inhibition plus générale.


Le Dr Clare Butler, de l'Université de Newcastle, a interviewé 36 hommes bègues, habitant l'Angleterre et le Pays de Galles, âgés de 21 à 65 ans. Tous les participants ont déclaré subir une discrimination de routine avec des rejets lors d'entretiens d'embauche directement motivés par leur bégaiement, soit dans de plus rares cas, avec l'accès à des emplois pour lesquels ils se disent très surqualifiés. Dans ce dernier cas, les 2 tiers expliquent que personne d'autre n'aurait voulu de ce travail, décrit comme solitaire ou répétitif. En majorité, ces participants bègues décrivent leur expérience professionnelle comme sans intérêt ou frustrante.

Ainsi, un des participants âgé d'une vingtaine d'années, qui postulait à un poste administratif s'est vu dire d'aller chercher quelque chose de plus approprié et s'est vu opposé son incapacité probable à s'entendre avec les reste de l'équipe.

Pourtant, aucun des participants en poste ne critique son employeur, même si dans la majorité des cas, il ne dispose pas d'aménagements particuliers à son poste de travail. Les aménagements décrits par les participants ressemblent plus à des mises à l'écart, de réunions par exemple, dont ils pourraient troubler le cours. Une discrimination généralisée qui s'aggrave enfin avec l'évolution du travail lui-même et de son l'organisation. 70% des participants évoquent pourtant le manque de formation.

Bégayer c'est parler moins et donc écouter plus : Le bégaiement, qui peut certes être une difficulté dans certaines fonctions, oblige néanmoins à développer d'autres aptitudes comme la capacité d'écoute, une capacité qui devient rare aujourd'hui. Un participant bègue explique avoir été, après les réunions, celui qui demandait des clarifications via email. Il conclut, « je pense que chaque réunion devrait avoir son bègue ».

Source: Work, Employment and Society March 10, 2014, doi: 10.1177/0950017013501956 Wanted – straight talkers: stammering and aesthetic labour (Visuel © alexsokolov - Fotolia.com)

Lire aussi : Journée mondiale du BÉGAIEMENT: Un trouble du langage à la rencontre d'autrui -