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La PERFORMANCE COGNITIVE, le dernier usage du dopage ?

Actualité publiée il y a 5 années 1 mois 2 semaines
BMJ

Après le dopage physique, le dopage cognitif ? Cet article d’opinion d’un neurologue de l’Hôpital Royal North Shore de Sydney (Australie) dénonce l’usage de plus en plus fréquent des médicaments stimulants chez les étudiants. Le café ou les boissons contenant de la caféine sont aujourd’hui supplantés par des médicaments de type stimulants ou des suppléments sans ordonnance. Plus grave, certains médicaments sont détournés de leurs indications. Bref, l’intelligence est devenue un marché à un milliard de dollars, titre l’auteur, et la performance académique, la nouvelle motivation du dopage. Au point que les « smart drugs » commencent à être interdites dans certaines universités américaines.

L'auteur, Krishna Chinthapalli, jeune neurologue stagiaire rappelle quelques lignes sympathiques de Balzac sur le café* alors qu'il en buvait jusqu'à 50 par jour pour pouvoir écrire 15 heures d'affilée. Si aujourd'hui, la caféine est encore le choix de première intention pour de nombreux étudiants, aux États-Unis, la caféine est maintenant supplantée par différents produits, médicaments sur prescription ou suppléments plus ou moins fantaisistes.


Les médicaments « stimulants » sur prescription: 40% des étudiants américains ont déjà eu recours à médicaments stimulants (Adderall (amphétamines), méthylphénidate (psychostimulant), et le modafinil (médicament éveillant) et 5 à 15% dans l'objectif d'accroître leur « performance académique ». Certains collèges ayant des critères d'entrée plus élevés ont aussi une prévalence plus élevée d'utilisation de ces stimulants. Au niveau du secondaire, aussi, 7% des élèves de l'équivalent terminale, ont déjà pris un stimulant.

L'auteur rappelle que plusieurs de ces médicaments sont prescrits dans la prise en charge du trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH), et qu'aux Etats-Unis, le nombre de diagnostics de TDAH et la prévalence sont augmentation de 5% par an. « Feindre les symptômes », écrit l'auteur, permet peut-être d'obtenir la prescription. Au Royaume-Uni, une enquête montre également des prévalences élevées de médicaments stimulants, chez les étudiants, dans le but d'augmenter la performance scolaire :

· pilules de caféine : 24%

· modafinil : 6%

· méthylphénidate : 4%

· amphétamine : 2%

Les suppléments sans ordonnance pour la cognition représentent aujourd'hui un marché en hausse importante, de près d'1 milliard de dollars par an. Parmi les ingrédients, la caféine bien sûr, le ginkgo biloba, certaines vitamines, et parfois même le piracetam (déficits cognitifs et neurosensoriels) et différents autres ingrédients ésotériques.

Les détournements d'usage : Les fabricants de médicaments sur prescription ont voulu leur part du marché. L'auteur cite le cas du modafinil (contre la narcolepsie), commercialisé aussi contre la fatigue ou la dépression et prescrit, selon ces données, à 80% pour des utilisations hors AMM. La sanction qui suivit atteignit 425 millions de dollars aux US, en 2008.

Se doper pour être plus intelligent ? Fait remarquable, l'Université Duke aux États-Unis a interdit ces stimulants, déclarant que "l'utilisation non autorisée de médicaments de prescription pour améliorer la performance académique» est assimilable à la tricherie.

Reste à justifier ce développement du marché des « smart drugs » par l'épidémie des démences qui stimule, aussi et à raison, le développement de ce type de médicaments, mais aussi d'autres formes de stimulants, qui visent à garder le cerveau alerte. Les jeux d'entraînement cérébral, eux-aussi représentent une industrie de plusieurs milliards de dollars. Mais, là encore, la preuve d'efficacité manque.

Source: BMJ 2015; 351: h4829 14 Septembre 2015 The billion dollar business of being smart

*H. de Balzac Michigan Quarterly Review1996;35:273-7 The pleasures and pains of coffee.

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