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DROGUES: Les ados pas tous égaux face à l'expérimentation

Actualité publiée il y a 7 années 3 mois 3 semaines
Nature Neuroscience

Pourquoi certains adolescents commencent à fumer, à boire de l’alcool ou à expérimenter les drogues alors que d'autres ne le font pas? Une question de tempérament, d’éducation ? Ces scientifiques évoquent ici une autre raison, des circuits neuronaux, jusque-là inconnus qui, présents chez certains ados, les rendent plus impulsifs et plus vulnérables à l’expérimentation puis à l’usage de drogues. Leurs résultats, présentés dans l’édition du 29 avril de la revue Nature Neuroscience, répondent pour la première fis à la question, est-ce la drogue qui modifie le cerveau ou le cerveau qui prédispose à la drogue ?

Robert Whelan et Hugh Garavan, de l'Université du Vermont, avec une équipe de chercheurs internationaux, montrent, à travers la plus grande étude d'imagerie du cerveau humain jamais réalisée sur le sujet, auprès de 1.896 adolescents âgés de 14-ans, que les différences dans ces circuits neuronaux apportent des preuves solides que certains adolescents sont plus à risque d'expérimentation puis de consommation de drogues et d'alcool. Tout simplement parce que leur cerveau fonctionne différemment, ce qui les rend plus impulsifs.


« Les différences entre ces circuits neuronaux semblent précéder l'usage de drogues», explique Hugh Garavan, du département de psychiatrie de l'Université du Vermont, chercheur principal au sein du projet de recherche européen Imagen qui a rassemblé les données de cette étude. Cette différence réside en particulier en une diminution d'activité dans un réseau impliquant le « cortex orbitofrontal ». Cette différence est associée, dans cette étude à l'expérimentation de l'alcool, du tabac et des drogues au début de l'adolescence. «Ces réseaux ne fonctionnent pas aussi bien pour certains enfants que pour les autres», explique le Dr Whelan, « ce qui les rend plus impulsifs ».

Des tests de fonction de ces réseaux cérébraux pourraient être développés, selon les chercheurs, pour être des sortes de biomarqueurs d'une propension à la consommation de drogues, suggèrent les auteurs.

TDAH et l'abus des drogues : Les chercheurs ont également identifié d'autres réseaux liés à des symptômes de trouble d'hyperactivité avec déficit de l'attention (TDAH). Mais ces réseaux du TDAH sont distincts de ceux associés à l'expérimentation des drogues. Le lien possible a souvent été évoqué. TDAH et expérimentation de drogues sont associés à un faible contrôle des inhibitions. Mais cette étude montre que ces problèmes apparemment liés sont réglementés par différents réseaux dans le cerveau. L'étude réfute donc l'idée que le TDAH est un facteur de risque à part entière pour l'usage de drogues.

Ces circuits « de l'impulsivité » -qui sont des zones connectées qui montrent un surcroît d'activité par un flux sanguin augmenté (Voir visuel ci-contre)- révèlent une image plus précise de la neurobiologie sous-jacente de l'impulsivité et de la capacité de contrôler ces impulsions et permettent de mieux comprendre le mécanisme qui régit le contrôle inhibiteur dans le cerveau de l'adolescent.

7 réseaux impliqués lorsque les impulsions sont inhibées avec succès et 6 réseaux impliqués lorsque l'inhibition échoue ont ainsi été identifiés dans le cerveau de l'adolescent « au travail ». Ces réseaux "s'allument", expliquent le Dr Whelan, sous IRM fonctionnelle, lorsque les adolescents sont invités à effectuer une tâche répétitive ou à l'arrêter à mi-parcours. Une identification complexe qui n'aurait pas été possible sur une vingtaine de personnes, précisent les chercheurs.

Que les adolescents prennent parfois des risques est prévisible car l'adolescence est la période de la vie où l'on teste les limites et développer son indépendance. Mais de nombreux décès d'ados interviennent lors d'accidents évitables ou auto-infligés, souvent liés à des comportements à risque ou impulsifs. Identifier les mécanismes cérébraux qui mettent certains adolescents à risque plus élevé, peut avoir des implications importantes en santé publique.

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