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PRÉMATURITÉ: Le paradoxe apparent de l'allaitement maternel

Actualité publiée il y a 7 années 8 mois 5 jours
BMJ Open

Alors que l'allaitement maternel est universellement recommandé pour l'alimentation des nouveau-nés à terme, en ce qui concerne les grands prématurés, nés à moins de 32 semaines, l'allaitement maternel exclusif est sujet à débat, alors qu’une supplémentation est également nécessaire pour assurer une croissance optimale du prématuré durant son hospitalisation. Mais, problème, en cas d’allaitement maternel, cette supplémentation devient difficile voire impossible à la sortie de l’hôpital. Alors l’allaitement maternel est-il le bon choix ? Cette étude française, qui a porté sur près de 3.000 prématurés décrit ce paradoxe apparent de l’allaitement : En dépit de la perte de poids inévitable, liée à l’arrêt « forcé » de la supplémentation à la sortie de l’hôpital, le recours à l’allaitement maternel reste tout de même bien préférable pour le développement neurologique du prématuré.

Un déficit nutritionnel du prématuré est associé à une croissance insuffisante pendant l'hospitalisation en unité de soins intensifs néonatals puis, ensuite, à une dysfonction cognitive. Chez les grands prématurés, le rythme de la croissance pendant l'hospitalisation exerce un effet majeur, et peut-être indépendant, soulignent les auteurs, sur le développement neurologique et les résultats de croissance à l'âge de 18-22 mois. Ainsi, chez les nourrissons prématurés, des études de suivi ont montré, qu'à l'âge de 7 ans, les bébés prématurés nourris par une formule standard artificielle présentent des déficiences neurocognitives et jusqu'à une réduction significative du QI par rapport à des nourrissons prématurés nourris avec une formule enrichie.


L'allaitement maternel exclusif, un sujet de débat chez les prématurés : L'allaitement maternel + supplémentation durant l'hospitalisation initiale améliore les résultats cognitifs à l'âge de 30 mois d'âge chez les grands prématurés. Le lait maternel doit être alors enrichi en éléments nutritifs pour répondre aux besoins en protéines et minéraux pour une croissance rapide du prématuré. Pendant l'hospitalisation, le bébé reçoit le lait maternel avec une supplémentation par le biais d'une sonde gastrique. Une fois que le nouveau-né prématuré peut téter le sein, l'ajout d'une supplémentation pose problème, car il perturbe la routine de l'allaitement maternel. En conséquence, la supplémentation du lait maternel est souvent interrompue à la sortie de l'hôpital, et cet arrêt expose les nourrissons à un risque accru de déficit nutritionnel. En conséquence, l'allaitement maternel au moment de sortie d'hospitalisation pourrait être associé à une moindre prise de poids pendant les premières semaines de vie de l'enfant. C'est pourquoi l'allaitement maternel exclusif reste un sujet de débat chez les nourrissons prématurés.

Evaluer la relation complexe entre l'allaitement maternel au moment de la prise de poids, au cours de l'hospitalisation néonatale et le développement neurologique à 2 ou 5 ans, sur la base de données provenant de 2 grandes cohortes de nouveau-nés très prématurés de moins de 33 semaines couvrant fin des années 1990 et 2000, LIFT et EPIPAGE était l'objectif principal. L'objectif secondaire était d'évaluer la croissance (poids, taille, circonférence de la tête) à 2 et 5 ans. Ces chercheurs français, de l'université de Nantes, INSERM, du réseau Lift (Loire Infant Follow-up Team), du CHU de Lyon et d'Angers, de l'Hôpital Edouard Herriot (Lyon), de l'Université Paris Descartes, ses Hôpitaux Necker, Tenon et Trousseau (Paris) et de La Conception (Marseille), ont suivi 2.925 grands prématurés après leur sortie d'hospitalisation. Au moment de la sortie,

· L'allaitement maternel concerne 16% des nourrissons de cohote Lift (278/1733) et 19% des nourrissons de la cohorte EPIPAGE (409/2163).

· L'allaitement maternel est significativement associé à un risque accru de perte de poids lors de l'hospitalisation (LIFT: n = 1463, OR ajusté : 2,51 IC : 95% de 1,87 à 3,36 et EPIPAGE: n = 1417, ORa : 1,55 IC : 95% de 1.14 à 2.12))

· L'allaitement maternel est significativement associé à une diminution du risque d'évaluation neurologique sous-optimale (LIFT: n = 1463, ORa : 0,63 IC : 95% de 0,45 à 0,87 et EPIPAGE: n = 1441, ORa : 0,65 IC : 95 % de 0,47 à 0,89)

· L'allaitement maternel est significativement associé à une chance accrue d'avoir un score de tour de tête supérieur à 0,5 à 2 ans dans la cohorte LIFT (n = 1276, ORa : 1,43 IC : 95% de 1.2 à 2.2) et à 5 ans dans la cohorte EPIPAGE (n= 1412, ORa : 1,47 IC : 95% de 1,10 à 1,95).

Le développement neurologique des nourrissons prématurés bénéficie donc plus du lait maternel avec supplémentation durant l'hospitalisation puis non enrichi après la sortie, en dépit d'un gain de poids moindre. Les chercheurs confirment en effet un développement neurologique supérieur dans les groupes d'enfants nourris au lait maternel. Les chercheurs concluent que l'allaitement maternel est bénéfique au développement neurologique des grand prématurés, en dépit du moindre gain de poids voire de la perte de poids à la sortie de soins intensifs. Cette conclusion, qualifiée de «paradoxe apparent de l'allaitement» est donc valable chez les grands prématurés et encouragent au recours à l'allaitement maternel même chez les nourrissons prématurés ou grands prématurés.

Source: BMJ Open 2012;2:e000834 doi:10.1136/bmjopen-2012-000834 “The apparent breastfeeding paradox in very preterm infants: relationship between breast feeding, early weight gain and neurodevelopment based on results from two cohorts, EPIPAGE and LIFT

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