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FÉCONDITÉ: Les Français sont-ils en train de devenir stériles?

Actualité publiée il y a 6 années 9 mois 2 semaines
Human Reproduction

Ces résultats ne plairont pas et pourront même effrayer nos concitoyens. Une concentration en spermatozoïdes et une qualité de sperme en forte baisse, une diminution inquiétante du nombre de spermatozoïdes normalement formés, une morphologie du spermatozoïde qui se dégrade, c’est un long processus de déclin de la fertilité des hommes que révèle cette étude menée sur plus de 25.000 hommes français. Un phénomène continu depuis les années 90. Cette étude, publiée dans l’édition du 4 décembre de la revue Human Reproduction, pourrait augurer une sérieuse baisse du taux de fécondité français, jusque-là l’un de ses principaux atouts, mais constitue aussi un avertissement sérieux pour la santé publique en lien probable avec différents facteurs environnementaux qui méritent donc d’être identifiés.

L'étude est peu discutable car elle a porté de 1989 à 2005 sur 26.600 hommes soit probablement un des échantillons les plus larges pour ce type d'études et, au-delà de la France, si l'on ne peut les extrapoler, ces résultats suivent une tendance générale à la baisse de la concentration et de la qualité du sperme ces dernières années (Voir courbe "européenne" ci-contre).


Les chercheurs ont utilisé les informations de la base FIVNAT qui comprend les données provenant de 126 centres de PMA français, ont analysé des échantillons de sperme d'hommes partenaires de femmes suivant un traitement contre l'infertilité- Une infertilité dûment diagnostiquée comme liée à un problème chez la femme et non avec le sperme des hommes-.

Sur une période de suivi de 17 ans,

· la baisse est continue- d'environ 1,9% par an-

· et considérable : Elle atteint 32,2% pour la concentration du sperme (mesurée en millions de spermatozoïdes par millilitre de sperme).

· Ainsi, chez les hommes aux alentours de 35 ans, les concentrations de sperme ont diminué de 74 millions / ml en 1989 à 50 millions/ ml en 2005.

· Le pourcentage de spermatozoïdes normalement formés subit une diminution significative de 33,4% au cours de la même période.

· La morphologie des spermatozoïdes suivie pendant cette période explique en partie cette baisse.

· Seule la motilité des spermatozoïdes a légèrement augmenté : Ainsi, la proportion de spermatozoïdes mobiles augmente légèrement de 1989 à 2005 (de 49,5% à 53,6%).

Ces résultats ont été obtenus après ajustement avec certains facteurs de confusion (âge des hommes, centre…) mais pas tous (tabagisme, poids, niveau d'étude…), ce qui laisse penser les auteurs que les résultats pourraient être encore légèrement inférieurs.

A l'échelle de tout un pays…Selon les auteurs, c'est la première étude concluant une diminution importante et générale de la concentration, de la morphologie et de la qualité des spermatozoïdes à l'échelle de tout un pays et sur une longue période substantielle. Selon le Dr Joëlle Le Moal, épidémiologiste à l'Institut de Veille Sanitaire (InVS), les valeurs de concentration du sperme en 2005 en France, nous laissent tout juste dans les valeurs de fertilité masculine, telles que définies par l'Organisation mondiale de la santé. Mais passer sous le seuil de 55 millions de spermatozoïdes/ ml, signifie un délai plus long pour concevoir.

Rechercher les causes possibles : De précédentes études ont mis en évidence le rôle des facteurs environnementaux tels que les perturbateurs endocriniens, responsables, en plus, de modifications épigénétiques qui pourrait contribuer à ce long processus de déclin de la fertilité des hommes. Selon le Dr Le Moal, les déficiences constatées dans la qualité des gamètes peuvent être considérées comme des biomarqueurs des effets critiques environnementaux, parce que les gamètes sont les premières cellules du développement humain, que les effets environnementaux peuvent s'accumuler et toucher des générations successives. C'est donc, pour les chercheurs, une source d'inquiétude légitime sur des effets sanitaires possibles sur plusieurs générations et un appel aux autorités sanitaires à renforcer les actions contre les perturbateurs endocriniens.

Source: Human reproduction doi:10.1093/humrep/des415 Decline in semen concentration and morphology in a sample of 26 609 men close to general population between 1989 and 2005 in France

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