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PRISONS: Nids d'infections et déficits de prévention

Actualité publiée il y a 9 années 7 mois 3 semaines
InVS- BEH

En France, le fait d’avoir séjourné en prison est associé à un risque accru de séropositivité pour le VHC et le VHB. Mais aussi pour de très nombreuses autres infections. Les personnes incarcérées ont pourtant des droits d’accès à des mesures sanitaires précisées dans les textes. Estimer précisément le risque infectieux dans les prisons françaises est l’objet de cette étude publiée par l’institut de veille sanitaire dans son bulletin du 25 octobre. Et la réalité est tout autre, comme en témoigne le score d’observance moyen (environ 4,5/10) des recommandations nationales et internationales. Une étude courageuse qui la première met en évidence un déficit majeur dans l’application des mesures de prévention en prison.


La prison, un quartier de haut risque infectieux: Les particularités de la population pénale (forte prévalence des conduites addictives, des troubles psychiatriques et des affections virales, importance de la précarité sociale) et les conditions de détention (surpopulation, promiscuité, hygiène réduite) en sont en grande partie responsables. Les prévalences du VIH et du VHC y sont nettement plus élevées qu'en population générale.

Une équité d'accès des mesures de prévention non respectée avec le milieu libre : En France, la prévention du risque infectieux en prison est encadrée par deux textes émanant conjointement des ministères en charge de la Justice et de la Santé. Des mesures de prévention vis-à-vis des affections virales, en particulier du VIH, ont été précisées au plan national, comme la mise

à disposition des traitements de substitution aux opiacés (buprénorphine et méthadone) et de préservatifs avec lubrifiants, ainsi que la distribution toutes les deux semaines aux détenus d'eau de Javel pour la stérilisation du matériel d'injection.

L'étude a donc estimé le risque infectieux dans les prisons françaises au moyen d'une évaluation de l'accessibilité des mesures de prévention préconisées dans les textes par questionnaire adressé à l'ensemble des prisons françaises en novembre 2009.

· 70% des établissements ont répondu représentant 74% de la population incarcérée.

· Le niveau d'accessibilité aux mesures de prévention est faible,

· La distribution d'eau de Javel, les traitements de substitution aux opiacés, les préservatifs, la prophylaxie post-exposition pour le VIH sont insuffisants.

Un score d'observance matérialise ce décalage entre recommandations et pratiques: Les niveaux d'observance aux recommandations nationales et internationales ont été estimés à respectivement (médiane [intervalle interquartile]): 4,5 [2,5-5,5] et 2,5 [1,5-3,5], confirmant l'écart majeur entre les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et leur application dans les établissements français. Citons à titre d'exemples :

· IST : Un dépistage pour de potentielles infections sexuelles par chlamydia, gonocoques, syphilis et herpès n'est systématiquement proposé que dans respectivement 12%, 2%, 70% et 0% des établissements. Un dépistage pour le VIH, le VHB et le VHC n'est systématiquement proposé à l'entrée en détention (que) dans respectivement 90%, 90% et 89% des établissements.

· Des mesures de prévention des risques infectieux liés au coiffage ou au tatouage-piercing n'existent que dans respectivement dans 33% et 6% des établissements.

· La mise à disposition d'objets d'hygiène n'est effective que dans 21% des établissements (coupe-ongles…).

Le dispositif français de prévention du risque infectieux en prison, déjà limité réglementairement comparativement à celui existant en milieu libre, est insuffisant. Le risque infectieux est élevé et la redéfinition d'une politique de soins et de prévention en détention apparaît indispensable, conclut cette étude.

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