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POISSON et contaminants: Les limites de consommation ne protègent pas les nourrissons

Actualité publiée il y a 5 années 7 mois 4 semaines
Environmental Health Perpectives

Afin de limiter l’exposition des nourrissons notamment, aux contaminants comme les polluants organiques persistants (POP), les Agences sanitaires ont publié des avis sur la consommation de poisson chez les femmes enceintes et en population générale. Ainsi, en France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES) a limité la consommation à 2 fois par semaine. Cette étude de l'Université de Toronto jette un froid, en montrant que ces recommandations sont inefficaces pour réduire l'exposition des nourrissons. Les conclusions, publiées dans la revue Environmental Health Perpectives, montrent, qu’en raison de la persistance de ces polluants dans l’organisme, au mieux, l’exposition des nouveau-nés n’est réduite que de 15%.


Cette étude menée par une équipe de l'Université de Toronto a regardé comment le respect des recommandations alimentaires, compte-tenu des différents niveaux de contamination de l'environnement, pouvait influencer l'exposition des enfants.

Les chercheurs ont effectué une série de simulations pour enquêter sur l'efficacité d'une réduction de la consommation maternelle de poisson sur la réduction des expositions,

· aux dérivés des hydrocarbures polychlorobiphényls (PCB), des polluants organiques persistants qui s'accumulent dans l'environnement, en particulier dans les sédiments marins ou d'eau douce et qui sont suspectés d'être suspectés d'être cancérigènes, reprotoxiques et neurotoxiques pour l'Homme,

· au PCB -153, en particulier, dont des concentrations élevées multiplient par 2 le risque d'échec de l'implantation de l'embryon (Source ASEF),

· ainsi qu'à une gamme d'autres contaminants organiques possibles.

Leur analyse conclut que,

· l'exposition aux PCB dépend de la compliance des femmes aux recommandations et en pratique du temps total d'exclusion du poisson de l'alimentation et du délai qui les sépare depuis le dernier pic d'exposition.

· En d'autres termes, les auteurs suggèrent que pour réduire au maximum cette exposition, les femmes enceintes devraient éviter le poisson dès le projet de conception.

· Mais même lorsque les expositions via l'alimentation aux BPC 153 ont été limitées sur 1 an ou 5 ans avant la naissance, les différences de concentration restent minimes,

· ainsi, les femmes qui arrêtent de manger du poisson peu de temps avant ou au tout début de leur grossesse ne pourront diminuer l'exposition de leurs enfants aux POP que de 10 à 15%.

· En conclusion, pour les composés ayant une longue demi-vie (temps de dégradation de la substance), une diminution de l'apport quotidien ne se traduira pas nécessairement par une baisse appréciable de la charge maternelle en POP qui détermine la dose d'exposition prénatale.

Il ne s'agit pas de conclure à l'absence totale d'efficacité de ces recommandations, écrivent les auteurs, car elles pèsent dans la réduction de l'exposition aux contaminants qui s'éliminent le plus rapidement (demi-vie > 1 an), comme le mercure par exemple mais elles n'ont que peu d'effet sur l'exposition aux POP.

Substituer, de toute urgence, chez les groupes vulnérables : Les chercheurs appellent donc à la publication de recommandations alimentaires basées sur des alternatives saines aux poissons, en se concentrant sur ​​les produits alimentaires de substitution permettant de réduire avec certitude le risque d'exposition persistante de ces contaminants. Ici, les auteurs écartent une substitution pure et simple par la viande de bœuf, qui « pourrait faire plus de mal que de bien ». Ils concluent qu'une interdiction totale de la consommation de poisson peut-être préférable aux recommandations de limitation actuelles, lorsque les poissons sont fortement contaminés par des substances comme les POP.

Le poisson, symbole d'un nouveau paradigme alimentaire : Alors qu'il y a quelques mois encore, la consommation régulière de poisson était considérée comme un marqueur d'alimentation équilibrée, que le poisson reste un aliment connoté « nature et santé » dans l'imagerie populaire et que les recommandations de restriction de consommation de poisson sont déjà ressenties comme perturbantes, cette nouvelle étude ouvre un tout nouveau « paradigme alimentaire » qui nous contraint à reconsidérer totalement nos habitudes alimentaires, à prendre conscience au quotidien de la notion de sécurité alimentaire et qui devrait inciter les politiques à réfléchir à de nouveaux modèles de production et à de nouveaux cadres de santé publique.

Source: Environmental Health Perpectives DOI:10.1289/ehp.1206380 Evaluating the Effectiveness of Fish Consumption Advisories: Modeling Prenatal, Postnatal, and Childhood Exposures to Persistent Organic Pollutants

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